«34 EN MÉDITERRANÉE lènes; pendant des siècles, il fut la grande puissance spirituelle, source du droit public et du droit divin, autorité suprême en matière de morale et de religion. Représentant des tendances conservatrices et aristocratiques, résolument Delphes fit la guerre aux démocraties turbulentes et aux tyrannies démagogiques, et dans les constitutions qu’Apollon fit donner aux villes par des hommes de son choix, toujours il s’efforça de faire prévaloir scs idées politiques. Mais non moins vivement conscient de l’unité et de la solidarité helléniques, ardemment l’oracle encouragea l’expansion de la race par la fondation des colonies, et dirigea ce grand mouvement de ses conseils. Métropole religieuse et politique de l’hellénisme, Delphes fut aussi, par ses foires, par la prodigieuse accumulation de métaux précieux qui y affluaient, l’un des centres commerciaux et financiers de la Grèce, et par l’influence qu’il exerça sur le développement de la science et de la poésie, l’une de ses capitales intellectuelles. Parla hauteur de sa doctrine morale enfin, par les idées de purification, d’expiation que répandirent les « commandements de Delphes », il contribua, malgré le caractère un peu flottant et vague de ses maximes, à maintenir à un niveau plus élevé la conception de la divinité; mais surtout il fut, en face de l’étranger, le seul et unique centre de la nationalité hellénique *. Pourtant, avec le temps, ce prestige diminua. Aveuglé par sa prospérité, trop avide d’influence, le sacerdoce delpliique intervint imprudemment dans les affaires intérieures des cités : trop partialement dévoué aux intérêts de Sparte, il s’aliéna par là les chefs de la démocratique Athènes : trop riche surtout, et trop sen- i. Voir sur le rôle et l’influence de Delphes les belles pages de Gurtius, Histoire grecque, II, 22-118.