LES FOUILLES DE SALONE 45 que ces données se précisent, peu à peu de l’apparente confusion la lumière se dégage, et en face des vieux monuments qui maintenant n’ont plus rien d’obscur, lentement l’histoire accomplit son oeuvre de résurrection. Lorsque, au cimetière des Aliscamps d’Arles, alors tout semblable à notre nécropole de Salone, Dante promenait son éternelle mélancolie, le grand poète avait profondément senti l’étrange beauté de ce décor funèbre, et bien des jours plus tard, en écrivant la Divine Comédie, le souvenir lui revenait de « la campagne pleine de deuil, toute bosselée de sépulcres ». L’impression qu’aujourd’hui on éprouve à Manastirine n’est pas moins vive ni moins puissante; et insensiblement, de ces édifices écroulés que reconstruit le rêve, de ces tombes muettes et vides, d’où, par la voix des inscriptions, les morts semblent parler encore, une vision surgit nette et précise, et un grand souffle d’émotion historique passe sur ce cimetière des martyrs. Dans sa Roma sotterranea, De Rossi a admirablement expliqué comment les chrétiens trouvèrent d’abord, à ce qu’il semble, un asile pour leurs morts dans des tombeaux de famille élevés sur les propriétés privées de personnages riches convertis à la religion nouvelle et qui furent heureux de faire profiter leurs frères du respect que la loi assurait à tout lieu où quelqu’un était enterré. C’est pour cela que tant de cimetières romains, au lieu de porter les noms des martyrs qui y sont ensevelis, portent le nom des fidèles, des Domitille, des Priscille, des Prétextât, qui ont appelé ceux dont ils partageaient la croyance à partager leur sépulture particulière; et c’est ainsi qu’autour du tombeau de leurs protecteurs, dans le terrain attenant au sépulcre (area