EMPEREURS ET IMPÉRATRICES D’ORIENT 235 et d’autres encore lui révélèrent l’histoire et l’engagèrent à prendre garde. Il se contenta d’interroger l’inculpé et de lui demander s’il était vraiment l’amant de l’impératrice. Michel nia énergiquement, et Romain le força de confirmer ses dénégations par un serment. Michel n’ayant pas hésité à se parjurer, le Basileus se persuada qu’on avait calomnié ce bon serviteur. Or, du jour où il eut commis ce parjure, Michel fut, dit-on, en proie à une maladie affreuse. A certains moments, son esprit se dérangeait, ses yeux se convulsaient, tout son corps était pris de tremblements, jusqu’à ce qu’il roulât par terre. Puis il revenait à lui. Ces accès se produisaient fréquemment, parfois en la présence même de l’empereur, qui était pris de compassion pour lui, se persuadant d’autant plus que l’accusation était fausse, car un tel homme ne pouvait ni aimer ni être aimé. Quelques-uns prétendent que l’empereur pénétra le secret de leurs amours, mais que, sachant combien sa femme était ardente et folle, il toléra sa passion pour Michel, de peur qu’elle ne prît plusieurs amants. A la fin, il tomba lui-même malade, avec la figure enflée, l’air d’un mort, la respiration haletante et pénible, les cheveux lui tombant de la tête. On pensait que ce mal lui était venu d’un poison qu’on lui avait fait prendre. Un jour il entra dans le bain du palais, sans que personne portât ni soutint ce moribond. C’est là que la tragédie s’accomplit : on dit que certains lui tinrent la tête longtemps sous l’eau et qu’on le rapporta presque mort sur son lit. Quand le bruit s’en répandit dans le palais, l’impératrice accourut, pleurante et gémissante, et ne se retira qu’après s’être assurée du décès, l’empereur ayant rendu, avec le souffle, un liquide tout noir. Alors elle employa tous ses efforts à placer Michel sur le trône impérial. Vainement ses serviteurs, qui avaient été les ministres de son père, lui conseillèrent de laisser au moins passer quelque délai. Elle ne voulut entendre à rien, et se hâta au contraire d’en venir à ses fins, stimulée surtout par l’eunuque Jean, frère de Michel. Jean, lui parlant en secret, ne cessait de lui représenter qu’ils étaient tous perdus si l’affaire souffrait le moindre retard. Elle revêtit donc Michel des ornements impériaux, le fit