EMPEREURS ET IMPÉRATRICES D’ORIENT 205 de Moïse au passage de la Mer Rouge, les psaumes de David, ou bien le Staurikon, le chant de la croix. Leur cri de guerre, c’était : « Christ vainqueur! » Les exhortations des empereurs et des généraux, c’étaient des sermons. Quoi de plus naturel, puisque tout ennemi de l’empire était nécessairement un ennemi de Dieu et qu’en dehors de la romanité, il n’y avait que des infidèles, comme les musulmans et les païens, des hérétiques, comme les manichéens, et, à partir du xie siècle, des schismatiques, comme les peuples latins? Basile Ie1' ne se faisait pas scrupule de demander à la Vierge la faveur de percer de trois traits la tête de son ennemi, l’hérétique Chry-sochir. Avait-on remporté la victoire, on l’attribuait à une intervention divine : c’était saint Démétrios qui avait sauvé Thessalonique, saint André qui avait fait lever le siège de Patras, saint Théodore qui avait vaincu les Russes à Dorostol (Silistrie). La Vierge conductrice avait fait merveille contre les Arabes, l’image d’Edesse contre les Perses. Le maphorion (scapulaire ou mantille) de la Mère de Dieu, plongé dans les flots du Bosphore, avait soulevé la tempête dont la flotte russe fut engloutie. Aussi, quand on célébrait le triomphe à l’Hippo-drome, c’était la Théotokos qui paradait dans le char attelé de chevaux blancs, tandis que l’empereur suivait à pied, portant une croix sur l’épaule. Les lois de l’empire régissent l’Eglise, et les décrets des conciles sont obligatoires dans l’empire. L’hérésie, l’apostasie, le sacrilège sont crimes d’État ; la rébellion contre l’empire est un sacrilège : se révolter, c’est « lever le talon de l’apostasie ». Contre les rebelles, on emploie à la fois le glaive temporel