EMPEREURS ET IMPÉRATRICES D’ORIENT 201 Ce sacrement, que l’Église a créé pour l’empereur, qui le marque du sceau de Dieu, sinon au même titre que l’évêque ou le prêtre, du moins à un titre égal, donne à sa personne un caractère particulièrement auguste. Rappelons-nous que le sacre de Reims rendait nos rois inviolables, et que Jeanne d’Arc pensait avoir fait du dauphin un roi, uniquement parce qu’elle lui avait ouvert, les armes à la main, le chemin qui conduisait à la sainte ampoule. 11 fallut toute l’instabilité des institutions à Byzance pour que le même résultat n’y fût pas obtenu. Déjà cependant l’empereur élu de Dieu, oint de Dieu, prenait une autorité considérable : il cessait de n’être que la créature des légions, ou d’un peuple d’émeutiers, ou d’intrigues de sénat et de palais, pour devenir vraiment un roi. Les factions, dans leurs acclamations rythmées, le proclamaient saint (hagios). C’était en Dieu qu’il régnait; les inscriptions monétaires portent : « N.., en Christ, le Roi éternel, roi des Romains ». Il régnait par Lui, sous son œil, sous sa main : de là, cet œil qui, sur les médailles, prend quelquefois la place de la main qui élit et bénit. Il a reçu de Lui mission, comme disait le grand Constantin, « de dissiper et balayer l’erreur, de l’orient à l’océan britannique, d’instruire et de ramener à Dieu le genre humain ». Oui, le genre humain; car il n’est pas seulement le souverain de Byzance; il est le maître de l’Univers (kosmicos autocrator), le maître de toute la Terre habitée (oikoumënè) ; il est le monarque œcuménique, comme est œcuménique l’Église elle-même. Non seulement la Grèce et l’Asie, mais l’Italie, l’Espagne, les Bre-tagnes, les Gaules, lui appartiennent légalement :