MICHEL PSELLOS 131 entourée d’eunuques, de moines et de bouffons. Les mystères de ce harem chrétien, qui annonce déjà le harem des sultans, nous étaient mal connus avant la publication des mémoires de Psellos. Initié comme ministre à toutes les intrigues, il nous les dévoile avec une complaisance qui n’est pas exempte de malice. Parfois la liberté de son langage et la crudité de ses aperçus physiologiques sont une nouvelle preuve que la naïveté hardie de l’âge antique se conciliait encore avec la pruderie et le raffinement byzantins. Zoé pouvait passer pour une vieille fille quand son père Constantin VIII, à son lit de mort, fit appeler Romain Argyre et lui offrit à la fois le trône et la main de cette princesse. Romain était déjà marié à une femme qu’il aimait; cette Porphyrogénète de 45 ans lui agréait peu ; il voulut se dérober au double honneur qu’on lui proposait. L’empereur moribond ne lui laissa d’autre option que d’avoir les yeux crevés ou d’épouser. Il épousa. Le règne de Romain III ne dura que cinq ans. A peine Zoé eut-elle pris un mari que par surcroît elle prit un amant, Michel le Paphlagonien. On administra au prince-époux un poison lent, et comme il languissait et tardait à mourir, on l’étouffa dans un bain. Le Paphlagonien lui succéda sous le nom de Michel IV ; tout le monde accepta le fait accompli : l’héritière légitime du trône n’était-elle pas libre de le partager avec qui bon lui semblait? Bientôt Michel IV témoigna pour sa femme une certaine froideur et quelque défiance, « mais, dit Psellos, je ne puis ni l’en louer ni l’en blâmer; assurément je n’approuve pas qu’on soit ingrat envers sa bienfaitrice; et