HELLÈNES ET BULGARES AU X° SIÈCLE 285 exposant ainsi son empire à tous les risques d’une longue minorité. En présence des Magyars et autres nomades toujours menaçants sur la frontière danubienne, des roitelets serbes et croates courant aux armes, des provinces insurgées, des frères aînés en révolte, des boïars redevenus souverains dans leurs châteaux forts, la couronne tsarienne et l’unité nationale eussent également péri sans l’habileté et l’énergie du régent Soursouboul. Contre tant de périls, celui-ci résolut de tenter un rapprochement avec les Grecs et de signer le traité que l’orgueil de Siméon s’était refusé à conclure. Il obtint de l’empereur Lécapène la reconnaissance du titre tsarien de son jeune maître et du patriarcat autonome. En outre, le Basileus accorda en mariage au tsar Pierre sa petite-fille Maria. Suivant l’usage, elle prit un nom nouveau, d’un heureux augure pour les deux peuples : celui d’Irène (la Paix). Ce traité et ce mariage valurent aux deux empires quarante années de trêve. Avec une tsarine grecque installée à Preslav, la civilisation hellénique devait conquérir en Bulgarie un ascendant que n’avaient pu lui lui assurer toutes les victoires de Siméon. La jeune épouse n’avait pu quitter sans un serrement de cœur l’existence confortable, embellie par le luxe, les arts et tous les plaisirs de l’esprit, que lui avait assurée le Sacré-Palais. « Sa joie, dit un chroniqueur, était mêlée de tristesse; elle était triste de renoncer à ses parents bien-aimés, à ses demeures royales, à la tendresse de ses proches; elle se réjouissait de ce qu’elle était la femme d’un roi et de ce qu’on l'acclamait souveraine des Bulgares. » La politique byzantine se garda de négliger les liens qui unissaient la