100 CRUCIFIÉS AU CARREFOUR par le roi, il s’emportait, menaçait, frappait du poing sur la table. A la fin, sous le régime autoritaire, lorsque la coupe déborda et qu’on ne put plus supporter ses insolences, il fut à son tour un peu touché par ce fameux « rouleau compresseur de l’Etat » avec lequel pendant cinq ans il avait brisé les Croates. Malade, il a fait son internement dans un hôpital de Belgrade et pas un cheveu ne tomba de sa tête. Mais à l’entendre parler, il fut un véritable martyr. Lorsqu’on lui laissa la liberté de ses mouvements et qu’on l’autorisa à se rendre à l’étranger, cet homme qui avait monopolisé le monarchisme, le centralisme et l’uni-tarisme, ce politicien qui avait inventé le classement des citoyens yougoslaves en deux catégories : ceux qui sont pour et ceux qui sont contre l’Etat, cet exterminateur des communistes et des républicains, qui se préparait en Yougoslavie à jouer le rôle de Mussolini — cet homme a publié en France un livre intitulé La dictature du roi Alexandre. Dans ce livre, il se déclare républicain, démocrate et fédéraliste 100 %. Ce fait en lui-même n’a pas grande importance, mais ce qui est beaucoup plus grave, c’est que dans ce livre Pribit-chévitch a faussé la récente histoire politique de la Yougoslavie en attribuant au roi ses propres fautes commises de 1918 à 1928 contre la démocratie (1). Constamment de mauvaise (1) Avant la guerre mondiale, toute l’Europe éclata de rire à la nouvelle qu’en Allemagne un pauvre cordonnier détraqué, Vogt, avait réussi, en re-