48 CRUCIFIÉS AU CARREFOUR d’Etat. Un centralisme rigide est le pire adversaire de l’unité surtout dans les Balkans et au Sud-Est de l’Europe où les conditions géopolitiques et les rapports ethnographiques n’y sont point favorables. L’autionomisme, si on lui enlève ses tendances centrifuges, est une base naturelle pour l’organisation intérieure de la Yougoslavie. Nicolas Pachitch était vraiment un des plus grands homme d’Etat de la Serbie. Il fut le Moïse qui conduisit les Serbes dans la terre promise de l’unité yougoslave. Mais l’unité une fois réalisée, ce Moïse trop vieux ne savait plus s’orienter dans la terre promise. C’était une terre absolument nouvelle que Pachitch ne connaissait pas. Il ignorait surtout les Croates et Zagreb. Et comme toujours on se méfie de ce qui est neuf, inconnu, Pachitch se méfia instinctivement des Croates. A ses goûts intimes répondait mieux la formation d’une grande Serbie, aussi grande que possible, mais orthodoxe, telle qu’elle était prévue et souhaitée par la Russie tzariste. Il considérait que les catholiques croates, par instinct, détestent les orthodoxes en général. C’est en cela que se sont trompés Pachitch et beaucoup d’autres hommes politiques de la Serbie d’avant-guerre et aussi certains hommes politiques de l’Europe. Car en réalité, il existe deux Croatie, l’une pseudo-aristocratique, l’autre la Croatie des paysans, la Croatie populaire. La première Croatie, composée d’abord d’une couche mince de prétendants à la seigneurie féodale,