122 CRUCIFIÉS AU CARREFOUR l’hégémonie de Belgrade et l’abaissement de Zagreb au rang d’une petite ville de province! Et comment pouvait-on procéder sérieusement à la normalisation des rapports entre Belgrade et Zagreb, entre Serbes et Croates, sans avoir au préalable supprimé la Constitution de Vidovdan? Si le roi Alexandre, de sa propre initiative, n’avait fait qu’abolir cette Constitution qui rendait la vie politique insupportable, il aurait pour ce seul acte acquis, à justes titres, la reconnaissance des Croates. Et, en effet, lorsque le 6 janvier 1929, la Constitution de Vidovdan fut abolie, tous les Croates s’en réjouirent. Cet acte fut la première réparation sérieuse donnée aux Croates pour avoir été moralement maltraités par la politique brutalement centraliste dont l’initiateur et l’exécuteur le plus fanatique fut M. Pribi-tchévitch. Ce fut donc le premier acte d’une politique yougoslave clairvoyante et constructive. Neuf mois plus tard, un acte d’une portée plus grande encore s’en suivit. Le 3 octobre 1929, le roi jeta dans les archives la dénomination « Royaume des Serbes, Croates et Slovènes » et donna à l’Etat le seul nom qui lui convenait: «La Yougoslavie». Ce changement de nom n’est pas uniquement un changement purement formel. Ce fut un acte d’une portée incalculable et décisive pour tout le développement de la vie et des rapports yougoslaves. En effet, la vie yougoslave souffre depuis longtemps de toute une suite de contradictions néfastes; une des plus criantes