106 CRUCIFIÉS AU CARREFOUR lieu de prendre toutes les responsabilités et de s’exposer aux attaques calomnieuses, le roi Alexandre aurait pu agir comme le roi d’Italie : il aurait pu trouver un Mussolini pour confier à son bon plaisir la nation, ses intérêts et ses destinées et se mettre discrètement à l’abri en arrière. Il aurait, soyez-en certains, facilement trouvé — si licet parva com-ponere magnis — des Mussolini yougoslaves, autant qu’il en aurait voulu ! Dans l’atmos-pbère d’après-guerre, les dictateurs sont des plantes qui ne sont pas trop rares, et en Yougoslavie, pays de l’individualisme exagéré où presque tout homme qui sait tenir une plume frappe orgueilleusement sa poitrine en disant : moi et seulement moi ! — il y avait et il y aurait encore à foison des candidats à la fonction de dictateur. Et si, par hasard, en 1928, le roi avait fait l’offre à M. Pribitché-vitch de devenir le Mussolini yougoslave, Pri-bitchévitch se serait précipité pour accepter et se serait senti dans cette fonction comme poisson dans l’eau, tandis qu’aujourd’hui il se voit dans l’obligation de forcer sa nature en occupant la place de président de la section yougoslave de la... Ligue pour les Droits de l’Homme ! Pour être véridique, il faut dire que les jeunes générations de la guerre ou de l’après-guerre brûlaient d’envie de se jeter à corps perdu dans l’expérience fasciste et attendaient du roi qu’il introduisît le fascisme en Yougoslavie. L’exemple de l’Italie voisine a agi sur la jeunesse comme une contagion; la psychose