LA THÉORIE DE LA DISLOCATION 9 une nation, mais une mosaïque de peuples » (1). D’après les statistiques officielles de 1901 (2), il y a, en effet, en Autriche-Hongrie, Bosnie et Herzégovine comprises, sur une population totale de plus de 48 millions d’habitants (3) : 22,605,000 Slaves. — Mais le mot « slave » désigne non point un groupe ethnique, mais un ensemble de nations. Les Slaves d’Autriche-Hon-grie se divisent en cinq ou sept nations, suivant les classifications : — 7,920,000 Tchèques et Slovaques ; 4,230,000 Polonais ; 3,930,000 liu-thènes; 1,275,000 Slovènes; 5,250,000 Croato-Serbes. i) M. Charles Bexoist, la Monarchie habsbourgeoise, Revue des Deux Mondes, 15 octobre 1897. p. 774. (2) Les statistiques autrichiennes, dressées d’après la « langue de conversation » , paraissent avoir été faussées par l’administration dans un sens favorable aux Allemands, et défavorable surtout aux Slaves. Les statistiques hongroises sont dressées d'après la « langue maternelle ». — Voir ces statistiques très clairement traduites en cartes, diagrammes et graphiques dans VAtlas de poche d'Autriche-Hongrie du professeur Hickmanx (Freytag et Berndt, Vienne; édition de 1900), p. 6, 20 et 21. (3) La méthode qui consiste à étudier dans son ensemble la carte ethnographique d’Autriche-Iiongrie exaspère certaines nations. Les Hongrois veulent qu’on ne confonde à aucun point de vue leur Etat avec les autres Etats et pays habsbourgeois. Les Tchèques désirent qu’on étudie l’ethnographie du « royaume de Venceslas ». On a souvent fait des études ethnographiques tendancieuses : d’où les défiances de ceux contre qui elles étaient dirigées, Mais il est, par exemple, bien permis d’étudier la carte ethnographique d’Europe, quoique les Etats d’Europe soient autrement distincts les uns des autres que les Etats habsbourgeois.