LE DANGER ALLEMAND 115 V De tout ce qui précède, je conclus : Si les hommes d’État de Berlin désiraient avoir un jour quelque chance d’annexer l’Autriche sans employer la violence et sans risquer de bouleverser l’équilibre de l’empire allemand tel qu’il est sorti de la guerre d’Autriche et de la guerre de France, il leur faudrait s’armer d’une longue patience (1). Mais — étant donné l’état constitutionnel de l’Autriche, le rôle diplomatique qu’elle joue et les facilités de passage qu’elle accorde au Dianr/ — rien ne peut être préférable, pour la Prusse, ou, si (I) Encore est-il que je raisonne ici comme si l’Autriehe-Hongrie et l’empire allemand étaient seuls au monde.. Nous verrons bientôt le rôle que les autres puissances peuvent être amenées à jouer. Actuellement, je crois que l’Autriche-Hongrie menacée par Berlin serait sûre de trouver — à Paris, à Saint-Pétersbourg, à Londres, ailleurs aussi peut-être — des appuis efficaces. En serait-il de même dans l’avenir si l’Autricbe-Hongrie restait longtemps encore dans l’alliance austro-allemande, si elle laissait prendre au rapprochement franco-italien une importance et une portée qu’il n’a pas encore aujourd’hui et si, menacée dans les Balkans, elle se voyait rejetée sur l’Allemagne et mise à sa discrétion. Des difficultés entre elles seraient alors presque des difficultés intérieures auxquelles l’Europe n’aurait rien à voir. — A ce point de vue comme ¿t celui auquel je me suis exclusivement placé jusqu’ici, les hommes d’Etat de Berlin ont tout intérêt à attendre patiemment.