LES NATIONS CHRÉTIENNES DES BALKANS 275 à ce prolétariat intellectuel qui, une fois sorti des écoles bulgares de Macédoine et de la principauté, ne sait comment gagner sa vie. Une petite partie a été casée par l’État bulgare dans l’armée, dans l’université, dans les lycées. Les autres font de la politique. Beaucoup, trouvant que leur influence et leur situation ne sont pas en proportion de leur valeur, se sont aigris. Ils ont rendu la Bulgarie responsable de leur trop piètre existence. Si jamais la Macédoine s’affranchit, ils veulent qu’elle soit à eux, sans qu’ils aient à partager avec les « frères » du Nord. Enfin, la politique de modération, et de prudence imposée à l’État bulgare par la Russie, ennemie des coups de tête et occupée en Extrême-Orient, a fait déborder le vase (1). Il n’y a, d’ailleurs, pas simplement opposition d’une idée nationale macédonienne à l’idée nationale bulgare. L’idée socialiste et internationaliste a fait son apparition en plein Orient. De jeunes Macédoniens, revenant des universités françaises et suisses, ont apporté et propagé les nouveaux dogmes subversifs de l’Occident. Ils se sont en même temps inspirés des révolutionnaires russes : Dobroloubof, Tchiernichevski. S’ils parlent d’une Macédoine (1) Par animosité contre la Russie, plus d’un des membres du comité Sarafof rouhaite une occupation austro-hongroise. M. Mi-chaïlowski, revenant à Sofia après sa tournée européenne, a déclaré qu’il n’y avait à compter que sur l’Autriche.