124 L’ÉVOLUTION POSSIBLE double, comme est double le nom qu’elle porte communément : Autriche-Hongrie. L’Autriche avait encore le souvenir vivace et le regret cuisant de sa domination sur l’Allemagne. La Hongrie était attirée vers la péninsule des Balkans. On a découvert depuis longtemps que le Habsbourg a des armes parlantes : son aigle à deux têtes regarde à la fois l’Occident et l’Orient. La bataille de Sadowa n’avait été perdue que treize ans auparavant. Le Habsbourg ne pouvait pas être fait à l’idée de vivre hors d’Allemagne II avait la nostalgie. Il se sentait exilé. On ne renonce que lentement et douloureusement à une existence qu’on a toujours menée, à une vie plusieurs fois séculaire. Jusqu’au début du dix-neuvième siècle, le Habsbourg fut avant tout empereur du Saint-Empire romain germanique. Les efforts presque constants qu’d fit pour germaniser ses divers États — les persécutions de Bohême (1), les « boucheries d’E-peries » (2) ; l’œuvre de Marie-Thérèse (3) et de (1) Après la bataille de la Montagne Blanche (1620). 2 En Hongrie, après l’échec de linsurrection de Tcekueli (1687 : « Etabli à Eperies, le général italien Caraffa institua dans cette ville un tribunal, dont les horreurs rappellent les plus savants exploits des Espagnols dans les Pays-Bas. Pendant trente jours consécutifs, trente bourreaux soumirent les victimes, innocentes ou non, aux tortures les plus raffinées, aux plus affreux supplices. » M. Louis Léger, Histoire de l'Autriche-Hongrie, p. 326. (3) Notamment l’union des deux chancelleries autrichienne et bohème.