LA GUERRE ET L'ITALIE Homo, cent cinquante mille personnes étaient venues l’accueillir. M. d’Annunzio, du balcon de l’hôtel Regina, — en face du palais de la reine-mère qui, de ses fenêtres, assistait au spectacle, — avait prononcé un discours pareil à ses discours du Quarto et de Gênes, harangue sonore, où le nationalisme était nourri de poésie classique et d’histoire, où les souvenirs du Risorgi-mento et les mots célèbres des chefs et des soldats garibaldiens étaient mariés à des vers de Dante. Le premier discours de M. d’Annunzio aux Romains n’avait qu'un thème : le patriotisme. C’est par la force des événements que les discours suivants allaient prendre des touches plus violentes, des accents de guerre civile... Quelles manœuvres, quelles menaces, quelles influences auront été mises en jeu, au dernier moment, pour tenter d'empêcher l’intervention de l’Italie ? C’est une histoire encore mystérieuse dans les détails, mais dont les grandes lignes sont fort claires. M. Giolitti se sera-t-il rendu compte que sa présence à Rome avait à tout le moins entretenu une équivoque, donné un point d’appui et un argument aux neutralistes, les avait