252 LA GUERRE ET L’ITALIE conforme à la nature des choses parlementaires. Ils avaient compté, de la part de M. Salandra, sur une acceptation pure et simple de la rencontre qu’ils lui avaient fixée. Ils n'avaient oublié qu’un point : c’est que, jusqu’au 20 mai, M. Salandra avait le temps d’agir, de se créer une situation qui lui permît de s’imposer au Parlement en s'appuyant sur des forces étrangères au Parlement. En une semaine, en elfet, la face des choses allait se retourner à l’avantage de M. Salandra qui, jouant avec hardiesse, ne craignait pas de faire appel au sentiment public. Le 13 mai, la nouvelle avait couru, prenant d’heure en heure plus de force, que M. Salandra, devant l’opposition neutraliste, allait renoncer au pouvoir. L’émotion montait dans Rome et, le soir, la même foule qui, la veille, avait" acclamé M. d’Annunzio, se trouvait rassemblée sous ses fenêtres et réclamait de nouveau sa parole. Le poète obéit au vœu de la foule. Mais combien son accent avait changé depuis la veille ! Ce discours, il en a donné le texte dans le recueil d'« oraisons et de messages » qu’il a intitulé « Per la pin grande Italia. » Il l'a publié au chapitre de « la loi de Rome », sous ce titre, d’un Tite-Live un peu romantique : « Harangue au peuple romain en tumulte. » Elle fait penser, cette harangue,