248 L’ITINÉRAIRE DE YOUGOSLAVIE jeux de sphères tintinnabulantes; d’autres faits de nacre et de ciselures; et les longues tuniques brodées, à manches raides, que portaient encore, il y a vingt ans, les femmes riches de Sarajevo; et cette précieuse pendule d’écaille et d’argent doré, faite à Paris dans le goût de Constantinople et transportée sur un voilier à travers les pirates de l’archipel grec. Je n’ai rien acheté de toutes ces belles choses, pour des raisons que je préfère ne pâs donner ici, mais j’ai emporté un objet bizarre qui sans doute me réjouira l’esprit jusqu’à mon dernier jour. C’est une noix de coco ouverte par le haut, soigneusement polie et gravée de dessins minutieux. Trois chaînettes d’argent qui enserrent la panse se rejoignent au-dessus par un anneau. Cela s’appelle un kekchouli. C’était une sébille à l’usage des derviches mendiants. Ils l’attachaient à leur bâton pour la hisser jusqu’aux moucharabiehs de l’étage et recueillir l’argent des dévotes. Autour de la coque est gravée en caractères persans cette inscription pleine de sagesse et de sérénité : Il vaut mieux vivre sur le dos des autres que de travailler soi-même. .* $ $ Je me demande souvent ce qui fait le charme de cette ville. Oui, même les rues modernes, aussi bêtes que des millions d’autres entre les cent quatre-vingts méridiens... Son paysage? Nous avons beaucoup mieux en France, dirait M. Prudhomme. Son climat? Il y pleut tout le temps. Sa turquerie? Elle ne vaut pas celle de Prizrèn ni de beaucoup d’autres endroits. Il faut bien pourtant qu’il y ait quelque chose puisque j’y suis revenu plusieurs fois et que j’en garde la nostalgie. C’est bien simple, après tout : elle est sincère, elle est