LA SLOVÉNIE 289 traîne vers la place des cortèges de paysans en chapeau de feutre Vert, vestons étriqués, pardessus caca d’oie. On dirait une foule d’employés pauvres qui se rendent à leurs bureaux. Ce n’est d’ailleurs qu’un air, car ils sont riches. La terre est fertile, les troupeaux nombreux. Pas de costumes. Les femmes ont sur la tête un fichu de cotonnade industrielle. Il y en a très peu de jolies. Tous et toutes ont un parapluie sous le bras, sur l’épaule ou accroché au poignet. Race très catholique : les routes sont jalonnées de calvaires, croix de fer forgé, Christ de bois peint, sou> un auvent de planches. La campagne est propre, râtis-sée, vergers suisses, prairies nettes, on croirait des pelouses. La maison est charmante, avec son grand toit d’essentes ou de tuiles brun-rouge, sa façade claire, ses petites fenêtres et sa porte en plein-cintre. On (rencontre déjà ces belles enseignes de fer forgé que nous retrouverons tout le long du chemin de retour, à travers le Tyrol autrichien, la Bavière et le Wurtemberg : celles des cabarets d’ici sont ornées d’un grand flot de copeaux sous une grappe de raisin. Lioubliana, la capitale, entoure de ses maisons blanches et de ses clochers un îlot boisé qui porte le castel. On le voit au fond de toutes les rues, au-dessus de toutes les places. Les clochers ont une coiffure compliquée, à double bulbe, comme ceux de Klagenfurth; l’obélisque de la mairie est aussi grêle que celui de la Kardinalplatz dans la même ville. Le modernisme se contente d’un gratte-ciel qui projette par-dessus les toits veloutés ses dix ou quinze étages sans imagination. Napoléon est passé par là comme partout en Europe. On ne peut faire un pas, du cap Saint-Vincent (à l’extrême pointe du Portugal) jusqu’à Moscou, sans rencontrer ses traces ou celles de ses armées. En 1809, l’Empe-reur créait l’Illyrie, cinq provinces qu’il détachait de I,’ITINÉRAIRE DE YOUGOSLAVIE