DE GOSTIVAR AU LAC ü’OKHRID 175 l’entrée. Un portique à trois arcades ouvertes, pas bien vieux, la précède. Les moines y ont abrité la plus primitive des cloches, une épaisse lame de bois suspendue à un fil de fer et qu’on fait sonner avec un maillet : elle appelle à table les otatz et les hôtes. L’intérieur a le mysticisme des premiers sanctuaires chrétiens, ce qu’on éprouve dans la crypte centrale des catacombes de Saint-Calixte, sur la Voie Appienne. L’étroit narthex carré a des murs bas qui se rejoignent en pendentifs pour soutenir le haut tambour de la coupole. Le fond de ce narthex a deux colonnes byzantines qui séparent trois arcades pleines. Celle du milieu a une petite porte rectangulaire, juste assez haute pour laisser passer un homme : elle s’ouvre sur l’église où quatre épaisses colonnes noires, à hauteur d’épaule, supportent des cintres lourds qui la divisent en trois nefs exiguës. Le fond est occupé, comme toujours, par l’iconostase qui ferme l’abside. Ses sculptures, ses ors, ses icônes mordorées, ses rideaux de soie et de dentelle, ses candélabres de cuivre et ses lampes d’argent, se fondent en une seule matière précieuse dans l’atmosphère embuée par les encens. Ils ont noirci de leur fumée les fresques du xm® siècle qui décorent murs et voûtes, dans l’église comme dans le narthex. A droite de celui-ci, une porte basse et étroite me laisse pénétrer dans une petite salle carrée, à voûte surélevée, remplie d’une lumière mystérieuse. Près de la porte, dans un angle rentrant, je distingue un divan couvert d’un tapis bosniaque, à côté d’un lourd cierge de cire planté dans un pied de fer trapu. Comme je ne sais où me mettre pour écrire mes notes, je vais pour m’asseoir sur ce divan lorsque je vois entrer un paysan barbu, une sorte de moujik à face d’illuminé. Il fait trois signes de croix, puis se penche en avant par trois fois en touchant le sol du bout