L’ATTENTAT DE SARAJEVO 259 centimètres de haut. En ce mois de juin il n’a pas plus de vingt centimètres d’eau. Rien de plus banal que ce quai historique. Un parapet de pierre, une ligne de tramway, des maisons sans architecture. En 1914, une ligne d’arbres longeait les façades, de jeunes arbres plantés en 1906. Ils ont disparu depuis peu. Cela ne fait qu’accentuer la sécheresse du lieu. Rien de moins romantique. Ce quai s’appelle aujourd’hui : du Voïvode Stépanovitch. Il se nommait en 1914 : Appel Kai. Le cortège est à mi-chemin de l’Hôtel de Ville. Meh-medbachitch le laisse passer sans jeter sa bombe. Crainte? Manque de résolution? Je n’en sais rien. Il est le seul qui ait pu s’enfuir après l’attentat. En face du numéro 19, près d’un réverbère, Tchabrinovitch est appuyé au parapet de pierre contre lequel il frappera la bombe pour l’amorcer. On sait comment cette bombe fut rejetée d’un coup d’épaule par François-Ferdinand et alla éclater sur le pavé en blessant quelques personnes, dont l’oberleutnant Merizzi. La maison du 19 avait clos ses volets. L’un d’eux fut percé en deux endroits par les éclats de la bombe. Il l’est toujours, comme, du reste, la glace de la fenêtre qui se trouve derrière. La bombe lancée, Tchabrinovitch enjambe le parapet et saute dans le torrent. Il ne songeait nullement à se noyer, il voulait seulement échapper à la foule, le temps d’absorber le cyanure. Il l’avale. Couché à plat ventre dans l’eau, il attend la mort. Elle ne vient pas, elle n’est pas venue. Le poison, trop vieux ou falsifié, ne fait pas d’effet. Des gens ont sauté après lui dans la rivière et le jouent de coups. Il est 10 heures 25. François-Ferdinand continue sa route à côté de sa femme, avec une crânerie de soldat. Il arrive à l’Hôtel de Ville où le Conseil municipal l’attend pour le saluer.