L’ATTENTAT DE SARAJEVO 251 plus vaste que les autres, développe sur une longue façade une architecture de chalet : le Bosna, qui n’a pas changé de nom. Le mercredi 24 juin 1914, Parchiduc-héritier d’Autriche, François-Ferdinand, et sa femme morganatique, Sophie de Hohenberg, arrivent à Ilidja. Sophie est une Tchèque de rien du tout qu’il a épousée contre la volonté de l’empereur et de la Cour. Bon couple d’honnêtes bourgeois couronnés, très unis. Ils sont destinés à remplacer le vieux François-Joseph, s’il se décide à mourir. Ils gouverneront avec leurs enfants une Autriche divisée en trois royaumes, sous la couronne unique des Habsbourg. Tels sont du moins les projets de François-Ferdinand. Ils s’installent au Bosna en attendant la fin des manœuvres militaires et l’entrée solennelle à Sarajevo. Depuis un mois on a travaillé activement à préparer l’appartement du prince. Il occupe tout le premier étage, suite de pièces carrées donnant toutes sur le parc; au milieu, une grande pièce rectangulaire qui sera la chambre des archiducs. On a même installé dans l’une des pièces une chapelle, et dans une autre une salle de bain. La chambre des époux s’ouvre sur une terrasse à arcades de bois meublée de sièges en rotin. C’est la seule pièce qui ait gardé son aspect et son mobilier de 1914. Elle reflète le mauvais goût de 1900. Je n’y trouve pas la vie de ces fantômes. Au surplus, ils n’ont rien pu laisser d’eux-mêmes dans cette chambre d’hôtel où ils n’ont vécu que trois jours avant d’aller se faire tuer. Le jour même de leur arrivée, un des policiers attachés à leurs personnes aperçoit sous les arbres du parc un homme suspect, connu de la police, Tchabrinovitch, celui qui, le 28, lancera la première bombe. Il se met à sa poursuite, mais l’autre disparaît dans un bosquet. On le retrouve, le lendemain, à Sarajevo, on lui demande