156 LA TURQUIE ET LA GUERRE bie, changeait peu à peu de ton. Elle admettait une enquête et celle-ci semblait devoir mettre lin au conflit. Depuis des années, on refusait de croire à la guerre. Tanger, puis Agadir, avaient été pour l’opinion de simples actes de mégalomanie du kaiser. Aussi, à Constantinople, comme à Paris et à Londres, refusait-on d’envisager sérieusement l'hypothèse d’un conflit mondial. « On croit souvent ce qu’on désire! » dit un proverbe! C’était le cas pour l’opinion européenne, en juillet 1914. Il était cependant facile de constater, à Constantinople, qu’il y avait do l’orage dans l’air! Dans les pages précédentes, j’ai déjà esquissé les préparatifs militaires. J’ajouterai ici quelques détails qui m’ont particulièrement frappé. Avant l’attentat de Sérajevo, les officiers allemands travaillaient silencieusement et avec mystère. Après l’assassinat de François-Ferdinand, on les aperçut beaucoup plus souvent. Ils se rendaient constamment de leurs logements de Chlichli au Séraskiérat (ministère de la Guerre) où on les rencontrait souvent. Ils se promenaient fréquemment par groupes, à cheval, aux environs de Constantinople, dans un but évident d’études. Mais ce qui semblait le plus bizarre et le plus inquiétant était de constater l’affluence toujours croissante des contingents turcs amenés d’Asie, équipés à neuf en tenue de campagne, et aussi l’envoi continuel des recrues d’Anatolie, mises aussitôt à l'instruction. Tout cela s’accordait mal avec l’apathie orientale! * * * Au commencement de juillet, le chef de la mission