268 SOUVENIRS DE LA HAUTE-ALBAN1E. peut-être ce sont ceux qui ont ces sangs à reprendre sur mes deux ombres et espèrent-ils, suivant lïisage, les tuer s’ils sortaient dans la cour et s’enfuir après ; la femme n’a pas perdu la tête, elle a fermé à clef la porte allant dans la cour et réveillé les hommes ; je trouve tout ce monde sur pied, fusil et revolver à la main; la femme fait mine de sortir par une autre porte donnant sur le hangar, ceux qui s’y trouvent seront pris entre deux feux, ils n’attendent pas et détalent; la nuit est noire, on ne perçoit que le bruit des cailloux qu’ils entraînent dans leur fuite. Ap rès cette alerte, tout rentre dans le calme, calme relatif, car à travers le plancher j’entends les chevaux qui ne cessent de manger ; de temps à autre un cochon grogne rageusement, un coq chante tous les quarts d’heure, filant des sons sans tin, semblant s’entêter à provoquer dans le voisinage une réponse qui ne vient pas; les rats font bombance dans les provisions qu’on a imprudemment laissé traîner dans ma chambre ; allumer une bougie les rendrait peut-être plus méfiants, mais aussitôt mouches et moustiques entonneraient une autre chanson, il faut en prendre son parti ; la patience est nécessaire en Albanie, la fatigue aidant, on finit par s’engourdir. Le lendemain je reprends achevai la route de Scutari,six heures de route dont quatre à pied cette fois ; retenu par les recherches, pressé parle temps, je n’ai pu voir tout ce que je m’étais promis de visiter avant d’entreprendre cette excursion. D’autres plus heureux, auxquels j’ai indiqué la voie, la compléteront avec plus de succès, je le désire, cependant elle n’est pas absolument infructueuse, ce qui me console de ce mécompte, et puis arrive-t-on toujours à ce qu’on désire? Où vont tant de projets qu’on forme ?