CONCLUSION, pas l’âme albanaise. La Mirditie et quelques villages du diocèse de Scutari possèdent un clergé indigène, qui s’intitule clergé national, un peu trop haut peut-être, car cette dénomimation a éveillé bien des susceptibilités ombrageuses et créé plus d’une difficulté à ces prêtres, malgré leur pauvreté si dignement supportée, et le rôle intéressant qu’ils pourraient remplir, si on les soutenait. L’Albanais a un attachement profond pour son pays, tant qu’il l’habite ; ce sentiment semble complètement disparaître, quand il réside à l’étranger, peut-être ne le voit-il plus qu’à travers le souvenir des misères qui l’ont contraint à le quitter ; chez les Albanais musulmans, cette indifférence a surtout pour cause l’influence d’une religion qui absorbe l’idée de patrie: je ne puis l’expliquer chez les Albanais catholiques de Scutari que par leur égoïsme commercial et, peut-être aussi, leur désespérance en l’avenir. A l’exception de quelques dons faits à la cathédrale, aucun des Albanais aisés de Scutari, ou de leurs compatriotes parfois fort riches qui vivent à l’étranger, n’a eu la généreuse ou patriotique pensée de laisser des fonds pour la création d’établissements pouvant aider à rapprocher leur pays de la civilisation. Il ne possède encore ni hôpitaux, ni écoles. Combien, sous ce rapport, ils sont loin de l’admirable et touchant patriotisme des Hellènes et des autres nationalités des Balkans. A qui leur reprocherait cette égoïste indifférence, ils répondraient que cet argent serait infailliblement en partie absorbé par les difficultés à aplanir pour obtenir l’autorisation de construire; ils citeraient, à l’appui, plus d’un exemple terriblement probant ; mais, avec un peu de ténacité et d’adresse, ils pourraient, je le crois, réussir, s’ils le voulaient réellement. 20