108 SOUVENIRS DE LA HAUTE-ALBANIE. Combien il est délabré l’intérieur, qui était entièrement, voûte et murailles, recouvert de peintures ; les débris qui en restent augmentent mes regrets. Pas une figure, pas une main, qui n’aient été martelées avec un stupide acharnement. D’un saint Georges qui combattait à gauche, on ne voit plus qu’un torse cuirassé sur un fougueux cheval à la queue curieusement tressée, aux caparaçons rutilants ; c’est la meilleure pièce ; des autres saints personnages il ne reste que des lambeaux de vêtements, des tronçons de nimbes et, de loin en loin dans le champ, quelques-unes des lettres qui composaient leurs noms ; il en est de même des si curieux dessins qui formaient les encadrements et dont les fragments sont trop peu importants pour donner une idée de l’ensemble de l’ornementation où dominaient le jaune pâle, le noir, le brun rouge et le bleu. On y célèbre de temps à autre la messe pour les quelques catholiques qui résident dans cet endroit. Pas une inscription à relever, rien : l’oubli profond, absolu, accablant, dans ce cimetière; seule une pierre qu’il faut fouler pour pénétrer dans la chapelle indique que son desservant, qui cependant habitait un village de l’autre côté de cette plaine où le nombre des catholiques est plus important, est resté fidèle à l’antique sanctuaire ; comme ceux qui, avec la plus touchante humilité, demandaient autrefois à être ensevelis devant l’huis de l’Eglise, afin d’être concul-qués de tous les entrants, il attend l’heure du suprême appel, au milieu des quelques paroissiens dont il avait été le pasteur. A quelques pas en arrière de la chapelle, j’aperçois une sorte de caveau voûté recouvrant une tombe. Dans cet endroit,dit lachronique,un prince albanais apassé pendant