TIRANA. 189 germain avait déchargé sur lui par derrière; c’était une lâche agression dont le motif est resté inconnu du public. Il fut rapporté chez lui dans le plus triste état ; quoique grave, lecas n’était pas désespéré, car le projectile, contournant les côtes, était sorti en bas de l’abdomen, sans occassionner de lésions mortelles. C’était le fils unique de l’une des plus puissantes familles de Tirana. L'émoi était grand en ville ; on ignorait si les parents ne chercheraient pas à le venger immédiatement. Des troupes envoyées de Durazzo étaient arrivées quelques heures avant moi, afin de s’opposer autant que possible aux représailles; ces grandes familles étant plus ou moins alliées entre elles, quatre ou cinq maisons étaient gardées par la troupe. On disait que le père voulait rendre responsables, non seulementle meurtrier qui s’était enfui et ses parents (deux de ses frères qui devaient partir de Durazzo pour Tirana eu même temps que moi, avaient été retenus par les autorités de crainte qu’ils ne fussent tués en route), mais encore ceux qui se trouvaient avec son fils quand il avait été frappé, ceux qui avaient donné asile au meurtrier et ceux qui l’avaient aidé à s’échapper. Heureusement que le père, malgré sa profonde douleur, sut conserver assez de sang-froid pour contenir les amis et les partisans qui encombraient sa maison. Quand je l’allai visiter, pour lui exprimer la part sympathique que je prenais à sa douleur, ce vieillard courbé sous ce coup cruel, entouré du haut clergé musulman aux belles figures, graves et résignées devant cette fatalité, le silence qui pesait lourdement sur tous ces hommes réunis, s’attendant à apprendre à chaque instant la fin du dernier rejeton d’une vieille race, constituaient un de ces saisissants tableaux qui ne s’oublient pas. Le blessé était jeune; il s’est, m’a-t-on dit, rétabli et tout