84 SOUVENIRS DE LA HAUTE-ALBAN1E. La mauvaise fortune a poursuivi ces ruines qui, aujourd’hui encore, n’ont pu trouver le repos dans la paix de l’oubli ; malgré les textes que j'ai précédemment cités, établissant son origine latine et catholique, le village slave de Yraca, situé dans son voisinage, les a réclamées comme débris d’église serbe; les montagnards catholiques, toujours prêts à défendre leur religion, se disposèrent à repousser ceux qui voulaient s’en emparer, les deux parties allaient en venir aux mains ; une fois de plus, sur ces quelques mètres de terrain, pour une ruine sans valeur, allait recommencer la lutte néfaste des chrétiens d’Orient et d’Occident, quand le gouverneur général de Scutari, intervenant à la façon du troisième... prétendant, fit défense aux uns et aux autres d’y toucher, les ruines furent gravement proclamées par lui propriété musulmane et les deux confessions satisfaites, puisque aucune d’elle n’avait été avantagée. Si le temps arrange tout, il détruit tout aussi, il accomplit lentement sa mission destructive, un peu aidé par les voisins musulmans qui vont puiser dans les décombres les pierres dont ils ont besoin pour construire ou réparer leurs maisons et leurs murs, ou orner leurs tombes qui occupent en partie le terrain qui entoure le campanile. Sur plusieurs d’entre elles, je retrouve des fragments d’ornements qui prouvent l’importance et la richesse de l’édifice; d’autres tombes, plus anciennes, celles-là, se devinent en d’autres parties aux ondulations du terrain, les pierres qui les recouvraient, s’il y en a eu, ont disparu humblement sous la terre, elle leur est reconnaissante et les couvre d’une admirable floraison de violettes, touchant manteau de deuil. Rien de plus à voir, nous disons adieu à la tour de Rasci; combien de temps restera-t-elle encore debout, semblant