Soit en traduction française: « + Ce «skout» 1 ont fait Dame Despina, princesse du seigneur Jean Basarab le voévode, et sa mère, Dame Donka, et elles l’ont exécuté au nom de notre Très Sainte Souveraine la Mère de Dieu et toujours Vierge Marie ». (On peut se demander si le transcripteur n’aura pas omis de noter la date de ce travail). Que du temps de Tocilescu (décédé en 1909) ce voile se trouvait bien à la Grande Laure de l’Athos, c’est ce que prouve catégoriquement la suite de la fiche en question, laquelle reproduit, non sans gaucheries, l’inscription grecque de l’icone de Saint Athanase de Lavra offerte à ce monastère vers 1374—1377 par le voévode Vladislav Ier de Valachie et la princesse Anne, son épouse 2. Certes — et on le déplorera — l’intérêt de cette information est actuellement assez mince pour la science; en l’absence de toute description et surtout de toute reproduction, elle ne peut guère prouver que l’existence d’une donation roumaine de plus à l’un des plus célébrés sanctuaires de l’Orthodoxie grecque. Espérons cependant que quelque chercheur en mission à la Sainte Montagne aura la bonne fortune d’y découvrir cette broderie et de nous la faire connaître un jour dans le menu, car il doit s’agir là d’une oeuvre d’art de la qualité des étoles du temps de Neagoe Basarab (1512—1521), l’époux de cette Despina3, et peut-être même de celle du magnifique voile au type de la Descente de Croix, récemment retrouvé à Moscou4. Il est à regretter que l’informateur de Tocilesco ait négligé de préciser l’iconographie du rideau d’autel de Lavra. Nonobstant cela, l’inscription slavonne que nous publions ici pour la première fois a encore le mérite de confirmer le nom que portait la mère de l’épouse du célébré voévode de Valachie Neagoe Basarab. Elle s’appelait donc effectivement Donka. Le Synodikon du tsar Boril était jusqu’ici la seule source historique connue ayant enregistré son nom dans cette acclamation liturgique ajoutée au texte initial6; « A Donka, beile-mère du grand voïvode Jean Neagoe de Valachie, éternelle mémoire ! » Le voile de Lavra établit définitivement que la belle-mère de Neagoe Basarab portait le nom, serbe ou bulgare, de Donka. Mais qui était-elle? Les recherches entreprises jusqu’ici sur l’ascendance de la princesse Despina n’autorisent que des suppositions en ce qui concerne l’identité de ses parents. On retiendra, parmi les documents existants, que l’ancien synodikon (« pomelnic ») de l’église du monastère d’Ar-ge§ e, fondation et mausolée de Neagoe Basarab et de sa famille, renferme une liste des membres de la dynastie des Brankovitch commençant par le « saint cnèze Lazare » dont ils descendaient par les femmes. La famille avait plusieurs branches. Au nombre des descendants du prince 1 Notre traduction maintient ce mot, disons technique, à l’instar de G. Millet, Broderies religieuses de style byzantin, Paris, 1939 — 1947. p. 85 sqq. * Le texte dans G. Millet, I. P a r g o i r e et L. Petit, Recueil des inscriptions chrétiennes de l'Athos, Paris, 1904, n° 361 ; une reproduction de l’icone dans M. B e z a. Urme rominefti in Ràsàritul ortodox (2-e éd.) p. 40 —41 et p. 48—49. Pour l’attribution de cette donation à Vladislav I-er (et non IIIe du nom, comme l’ont soutenu certains savants), voir P. N à s t u r e 1, Aux origines des relations roumano-athonites. L*icône de Saint Athanase de Lavra du voévode Vladislav, dans Actes du VI~e Congrès international d'études byzantines, II, Paris, 1951, p. 309 —314 et du même, Legâturile Tàrilor Romine eu Muntele Athos pinâ la mijlocul veacului al XV-lea, dans « Mitropolia Olteniei *, X, nos 11 —12, Craiova, 1958, p. 744 — 748. V. Vâtàçianu, Istoria artei feudale In fàrile romine, Bucarest 1959, p. 852, se fondant sur une documentation vieillie, attribue encore l’icone à Vladislav III (1524 — 1526). * Une erreur s’est glissée chez certains auteurs autour du nom de cette princesse. On a soutenu à tort que son nom véritable était Hélène, celui de Despina étant une sorte de titre —cf. AéKAd ,\(cnHNd. Reproduction de cette planche par M. A. M u s i c e s c o, Portretul laie brodât in arta medievalâ romlneascà, dans « Studii çi cercetâri de istoria artei», IX —1, 1962, p. 50 — 51. 4 M. A. M u s i c e s c o, O broderie necunoscutâ din vremea lui Neagoe Basarab, dans « Studii çi cercetâri de istoria artei», V —2, 1958, p. 35 — 48 et Portretul . . p. 49. Sur les broderies connues de la princesse Despina on consultera (outre ces articles de M. A. Musicescu), G. Millet, op. cit., loc. cit. et l’article de M. R o ni a n e s c u, Neamurile . . ., passim. Dans la « Vie du patriarche Niphon » (version roumaine) il est dit que Despina fit don au monastère d’Iviron d’« un rideau — zâveasâ — brodé entièrement de fil d’or et extrêmement orné, pour qu’on le plaçât devant la sainte icône thaumaturge où est peinte l’image de la Très Pure Vierge et Mère de Dieu Marie, dite « Portaïtissa * (cf. T. S i m e d r e a, Viafa fi traiul Sfintului Nifon, patriarhul Constantinopolului, Bucarest 1937, p. 24). Cette broderie semble perdue, mais le peu qu’en dit le texte cité prouve bien que c’était une « podéa ». ‘ E. T u r d e a n u, La littérature bulgare du XlV-e siècle et sa diffusion dans les Pays roumains, Paris, 1947, p. 145. * Archives centrales historiques, Bucarest, manuscrit 742, f. 8, étudié par Al. Odobescu, dans « Convorbiri literare », XLIX, 1915, p. 1219 — 1221 et utilisé par I. C. F i 1 i t t i, Despina, princesse de Valachie, fille présumée de Jean Brankovitch, dans « Revista istoricâ romînâ *, 1—3, 1931, p. 248—250. 436