33 CONTACTS ENTRE L’HISTORIOGRAPHIE ROUMAINE ET TCHÈQUE 441 que rencontrées avec le même sens, aussi bien chez les Roumains que chez, deux peuples slaves du voisinage. Il s’agit par exemple, du mot « urda » (sign. une sorte de fromage de lait de brebis), qui présente le même sens chez les Serbes, comme chez les Tchèques, étant donné — soutient Jirecek 1 — que ce mot fut « transmis par l’intermédiaire d’une population romane qui autrefois vivait en Moravie ». Quant à la formation du peuple bulgare, Xenopol se porte à nouveau vers l’autorité scientifique de Jirecek, lequel admet une double origine: un fond slavon, se trouvant dans les Balkans, invadé, pendant la seconde moitié du Vll-e s., par les Bulgares, qui perdirent leur nationalité en se sla-visant. «Les Slaves du nord, écrit Jirecek, furent absorbés par les Hongrois et les Roumains, tandis que ceux du sud continuent, encore aujourd’hui, à exister sous le nom non-slave des Bulgares»2. Chaque fois qu’il discute de problèmes liés à l’histoire du peuple bulgare ou qu’il veuille identifier les institutions et les contacts des Roumains et des peuples se trouvant au Sud du Danube, Xenopol se réfère aux résultats et conclusions de Jirecek, dont les recherches font encore aujourd’hui autorité en matière d’histoire des peuples balkaniques. En commentant la thèse concernant la domination des Bulgares au nord du Danube, pendant le second empire bulgare, Xenopol soutient que la présence, dans la composition du titre du Tzar Ioan Câliman Assan (1241—1245) de la formule « autocrate de Tîrnovo, des Bulgares, des Grecs, de la Moldo-Valachie et du pays hongrois, de Bude jusqu’à Vienne » — et dont les adeptes de cette théorie se font un argument ■— ne peut avoir d’autre signification que celle d’une dignité traditionnelle de chancellerie. C’était tout simplement une réminiscence du temps de la domination du premier empire bulgare et J. Pic, lequel aussi analyse cette formule, ne semble pas plus convaincu de la domination des Bulgares sur la rive gauche duDanube.au temps du second empire bulgare3. Enfin, touchant au problème de certains titres de dignitaires de la cour princière, comme par exemple ceux de comis (écuyer) et logofât (logothète), que les Roumains ont emprunté aux byzantins par l’intermédiaire de la chancellerie bulgare, Xenopol n’est plus d’accord avec Jirecek, quant à leur origine. En effet, l’historien tchèque affirme ne pas croire que les titres des boyards roumains du Divan provenaient des Bulgares, étant donné qu’à l’exception du comis et du logofât, on ne connaisse pas d’autres titres de dignitaires bulgares. Xenopol est d’un avis contraire et il le prouve en se référant au titre du ban qu’il affirme être pris aux Serbes, lesquels—suivant les dires de Safafik — avaient emprunté aussi d’autres titres de dignitaires aux croates qui, eux, les tenaient des Bulgares.4 Nous voyons par conséquent que vers la fin du XlX-e siècle, plus exactement vers la fin de la IX-e décennie, la littérature historique roumaine 1 Ibidem, p. 383 (K. J i r e ö e k, Entstehung christlicher Reiche im Gebiete... p, 225. 2 Ibidem, p. 395—496 (K. Jireiek, Geschichte der Bulgaren..., p. 83). 3 Ibidem, p. 578 (J. L. P i ö, Ueber die Abstammung... p. 95 — 96); voir aussi K. Jirecek, Geschichte der Bulgaren... p. 253. 4 A. D. Xenopol, op. cit., p. 215 (K. J i r e ö e k, Geschichte der Bulgaren, p. 386 — — 387) et I.e. (P. Safafik, Geschichte der Serbien Literatur p. 42 — 43).