5 VARIATIONS RÉGIONALES DE L’INFLUENCE DU SLAVE SUR LE ROUMAIN 35 datant à peu près de la même période. Mais il y a des variations dans l'influence slave ancienne sur le territoire daco-roumain qui s’expliquent d’une antre manière encore : ce sont les différences du vieux slave parlé sur le territoire du daco-roumain, différences d’ordre phonétique et lexical. Le présent ouvrage s’occupe uniquement des différences régionales e|dstant entre les éléments lexicaux empruntés aux vieux slave. § 3. Une partie des termes que le roumain a emprunté au vieux slave sont caractéristiques soit à un seul sous-dialecte daco-roumain, soit à plusieurs. Nous avons déjà dit que, lorsque E. Petrovici a tracé les frontières des sous-dialectes daco-roumains, il invoquait à l’appui, entre autres, des éléments d’origine vieille slave, caractéristiques à un seul sous-dialecte. Il s’agit du valaque zâpadâ „neige” et du terme employé en Moldavie, en Transylvanie du nord et au Maramureç, ornât „neige”. Ce dernier mot existe aussi dans Tara Hategului, mais avec le sens initial, du vieux slave : omet'e di n’eauâ „amas de neige” (cf. Densusianu, Graiul din Tara Hategului, p. 327). Petrovici considérait ornât comme une caractéristique du sous-dialecte moldave. Mais comme le mot existe aussi en Transylvanie du Nord et au Mara-mureç, régions dont le parler ne peut être rattaché aux parlers moldaves, ainsi qu’au Hateg, qui du point de vue linguistique présente beaucoup de irssemblances avec le Banat, il faut conclure que ce mot a pénétré sur une aire beaucoup plus étendue que celle du parler moldave le plus ancien. Nous àommes tentés de distinguer, à part les quatre sous-dialectes daco-roumains identifiés par E. Petrovici, non pas seulement un sous-dialecte du Maramureç, mais aussi un sous-dialecte transylvain proprement dit. Comme nous l’avons démontré dans Problemele capitale aie vechii romane lilerare, Jassy, 1948, p. 168—176, dans la partie du nord de la Moldavie, le parler moldave a »eaucoup de traits transylvains, qui s’expliquent par l’établissement de certains Transylvains dans cette région ; le parler moldave authentique doit donc être cherché dans la partie du sud de la Moldavie. C’est là aussi qu’il faut chercher les éléments d’origine slave ancienne spécifiquement moldaves, tels que godac „pourceau”, par rapport au val. et oit. godinac, godânac, godînac, au transylvain godin, gâdin et au moldave du nord goadin (voir le Dict. de l'Acad., II, p. I, pp. 279—280, et Mihâilâ, op. cit., p. 79). Il semble pourtant que le parler moldave authentique, du sud de la Moldavie, ne présente pas trop de mots d’origine slave ancienne qui lui soient spécifiques. Les éléments slaves anciens du sous-dialecte moldave authentique sont les mêmes que dans les parlers de la Moldavie du nord et de la Transylvanie, le qui semble prouver l’existence d’une communauté linguistique formée par les Moldaves et les Transylvains de l’est, à l’époque de l’influence slave ancienne. C’est toujours E. Petrovici qui a établi que certains éléments d’origine vieille slave sont exclusivement caractéristiques au sous-dialecte de Banat : golumb, golîmb „pigeon” et a udi, en Olténie a uidi „demeurer”, au Hateg a ud'i (< v. si. udç) 2. Il a encore prouvé, d’autre part, que certains éléments d’origine vieille slave des sous-dialectes valaques et moldaves (et aussi. x) Pour a uidi, voir E. Petrovici, « Dacoromania », XI, pp. 185-186.