13 CONTACTS ENTRE L'HISTORIOGRAPHIE ROUMAINE ET TCHÈQUE 421 En 1871, Roesler publie son ouvrage le plus important, oeuvre de synthèse de toutes ses théories et thèses, énoncées à mesure qu’apparaissaient ses travaux antérieurs. Modestement intitulée Studii româneçti 1, la monographie de Roesler est toutefois empreinte de tant de passion, qu’elle réussit à donner à toute question liée à la genèse et à l’histoire du peuple roumain, une acuité peu commune. Par une reédition des anciennes thèses sulzeriennes et engeliennes, Roesler arrive à des interprétations et inventions forcées, à des etymologies impossibles qu’„il fait fusionner avec un talent tout particulier dans un tout enchevêtré“, ainsi que fort bien le constate Xenopol2. L’apparition de ce livre a produit une grande agitation dans les rangs des spécialistes du centre et du sud-est européen, qui ont pris chacun — d’une manière ou d’une autre — position devant les problèmes que Roesler soulevait. Envisagée du point de vue de l’historiographie allemande, la dernière phase de cette dispute, qui se déclenchera notamment aux décennies suivantes du siècle et à laquelle praticipera aussi l’historiographie magyare, semble être une véritable attaque dirigée de toutes forces contre la communauté roumaine. En 1867 on réalise le soit-disant compromis austro-hongrois dont les conséquences seront d’une portée incalculable pour l’évolution historique et politique des peuples de ce côté-ci de l’Europe. D’autre part, durant la septième décennie du XlX-e siècle, le mouvement de libération des peuples balkaniques s’engage dans une phase décisive, dont le point culminant sera la guerre de 1877—78, guerre de l’indépendance, mais en même temps solution de la „question orientale“. Les historiographes allemands et magyars ne pouvaient demeurer impassibles devant ces événements de toute importance. Aussi, mobilisent-ils leurs forces -— sinon pour arrêter le cours de l’histoire, ce qui aurait été impossible — mais du moins pour s’ériger en défenseurs de thèses politiques réactionnaires de tendances annexionistes. On pouvait bien dire, au cours de cette septième décennie du siècle passé, que les thèses roesleriennes s’étaient fait beaucoup d’adeptes. En tout cas, jusqu’en 1876, personne n’osât combattre, par une argumentation fondée l’échafaudage de cette théorie. Toutefois, son caractère outrageusement explosif et tendancieux ne pouvait finalement ne pas produire aussi des doutes, Et le premier qui saisit la fragilité et le non-fondé des arguments roesleriens, est l’historien allemand Julius Jung, professeur tout d’abord à Innsbruck et ensuite à l’Université allemande de Prague. Il développe ses vues en 1876, dans une étude intitulée Die Anfänge der Romänen 3, où il s’élève avec énergie et conviction contre la théorie de Roesler. C’est donc 1 Cf. Romanische Studien, Leipzig, 1871. Deux ans plus tard, Roesler fera paraître Über den Zeitpunkt der statischen Ansiedlung an der unteren Donau, Vienne, 1873. 2 A. D. Xenopol, Teoria lui Roesler. Studii asupra stäruintei Românilor în Dacia ; Jassy, 1884, 14 — 15. 3 L’étude a paru dans « Zeitschrift f. oesterreichische Gymnasien », Vienne, 1876, que, malheureusement, n’avons pu examiner (Voir l’information dans J. L. Pîè, Die Abstammung...