13 UN POÈTE «SLAVO-ROUMAIN» : G. PESACOV 365 n’y parviendrait sans remplir des mains de papier et tracer toute une tragédie ». En fin de compte, Pesacov décide de liquider tous les biens de sa femme de Negotin, et même les siens, en Olténie, pour s’établir au Banat, à Vîrset, patrie de sa femme. Au cours de ces préparatifs, sans qu’on puisse bien en connaître les causes, intervient la mort imprévue de son frère Nicolas, décédé dans une incendie. Comme ce frère de Pesacov devait une certaine somme à Manolaki Sismanoglu, celui-ci, par l’entremise de Zachariano qui entretenait de très bonnes relations d’affaires avec le sénéchal Iordaki Mâcescu, alors troisième logothète du Divan, obtient en dédommagement la vigne de son beau-frère 1. Cela se passait en 1823 ; encore pris par le procès avec les héritiers d’Avram — qui ne devait s’achever qu’en 1825 à Vidin — ainsi que par d’autres affaires de moindre importance, Pesacov ne peut intervenir que plus tard, quand « échappé aux orages de Craine », il rentre à Craiova pour s’occuper des affaires de sa vigne. Comme lui non plus ne manquait de relations, Zachariano est obligé d’appeler de Vidin Sismanoglu afin de liquider leurs comptes. Mais celui-ci, acharné contre son beau-frère, « s’oppose avec des menaces », prétendant garder la vigne jusqu’à ce qu’il se sera dédommagé de la perte subie. Sinon, « il appelera à la ruse et dépensant jusqu’à dix mille lei, il me laissera sans vigne, avec les moyens dont ils dispose grâce à Zachariano et Mâcescu»; de plus «il obtiendra un acte du pacha de Vidin afin de m’obliger à rentrer là où ma vie est perdue »2. Voyant la force de ses adversaires, Pesacov céda, attendant des circonstances plus favorables. Il avait du reste —- selon ses dires — d'autres procès en cours, de moindre importance3. Fort probablement il n’habitait plus Craiova à cette époque. En effet, dès la fin du procès Avram, c’est-à-dire après 1825, le poète s’établit avec sa famille à Tîrgu Jiu, « dans une maison romantique, aux confins de la ville » 4. Il a dû pourtant passer une partie de l'année 1828 encore à Craiova, où il fait, grâce à C. Coresie, la connaissance du futur prince Alexandru Ghica, alors caïmacan dans cette ville 5. Peu après, la guerre éclate de nouveau entre les Russes et les Turcs ; le général russe Gaismar entre avec ses armées en Olténie. Pesacov se trouvait en ce moment (avril-mai 1828) à Purceni, un village du département de Gorj 6. Craignant qu’à la faveur de la guerre les intrigues de Zachariano ne le ramènent à Vidin, où son ennemi aurait eu toutes les facilités pour la mise en scène d’un procès d’espionage et sachant qu’en l’occurrence les Turcs seraient sans merci, Pesacov quitte Purceni. « En 1828 — écrit-il — me voyant obligé par la venue des armées russes d’abandonner tous les procès à peine commencés ici et inachevés à cause de l’injustice, j’ai passé avec ma famille par la Transylvanie pour gagner le Banat, patrie de ma femme »7. 1 Bibliothèque de l’Académie, Mss. 1277, f. 26v. 2 Ci. la même plainte du 11 mai 1838, l. cit., f. 23 sq. 3 Le métropolite de Vidin lui devait de l’argent. Bibliothèque de l’Académie, LXXVI/54. 4 D’après sa lettre à Constantin Bâlàceanu, l. cit., f. 71 sq. 5 Cf. la lettre de Pesacov et celle de Drexler, rédigée le 10 avril 1834 et adressée au stolnic Barbu Viisoreanu, Mss. 1277, f. 42. 6 Bibliothèque de l’Académie, Mss. 1276, f. 100v. 7 Ibidem.