372 C. N. VELICHI 20 haïssez vous-même. Car vous haïssez de la sorte le peuple bulgare tout entier, piusque vous m’empêchez d’avoir le temps et les moyens de travailler avec ma plume selon mes talents au profit général et dans le but d’éclairer le bien-aimé peuple bulgare. C’est pourquoi je vous prie de vous soumettre à l’amour envers notre peuple bulgare tout entier »1. Pesacov, qui souhaitait maintenant un emploi auprès de Miloch, menait en ce sens une correspondance très suivie avec l’intime du prince, Avram Petronievic. Il s’adressa ensuite à Michel Gherman, l’agent du prince à Bucarest, auquel il confia une supplique en même temps que le poème, dont il envoie un exemplaire à Poiana, où Miloch possédait des terres. Nous ne connaissons ni la teneur du poème, ni celle de la supplique. Ce qui est clair c’est que Pesacov offrait ses services à Miloch, affirmant son désir d’habiter la Serbie et mentionnant en même temps qu’il était retenu en Valachie par son procès avec Zachariano. Recevant la supplique, Miloch ne se fie pas au motif invoqué par Pesacov pour expliquer ce qui le retenait en Valachie, c’est pourquoi il ordonne certaines recherches à Negotin, au grand effroi de Persida, qui pense être sur le point de perdre ses terres. Quant au poème, Michel Gherman l’ayant lu ne pense pas devoir le remettre au prince car celui-ci n’aurait su « lire le bulgare », ce qui implique que le poème était rédigé dans un mélange bulgaro-serbe. Nature sensible, Pesacov souffre moins du manque de confiance de Miloch que du geste vexateur de Gherman. « Ce fut un coup terrible... — écrit-il à Persida le 6 octobre 1837 — je m’en suis presque évanoui. C’est à peine si j’ai pu rentrer à la maison. Je suis tombé sur le lit et j’y suis demeuré, comme blessé à mort »2 C’est que Pesacov avait mis beaucoup d’espoirs dans sa supplique à Miloch et — se rappelant le geste du tzar Nicolas — il espérait que le poème pourrait être décisif. Sa désillusion était d’autant plus grande qu’en 1835 il avait décidé de partir pour la Serbie, obtenant un passeport et une lettre impériale pour le pacha, afin de pouvoir venir à Vidin et se reconcilier « devant l’autel, sous serment » avec Manolaki Sismanoglu. Il demande donc à sa femme de prier Catherine, sa soeur à lui, épouse de Sismanoglu, de préparer la maison, afin d’avoir où habiter durant son séjour à Vidin, s’engageant de payer toute dépense « fraternellement et honnêtement »3. Nous ne savons pas quelles sont les raisons qui empêchèrent ce voyage. Il tente ensuite toutes sortes de combinaisons pour se procurer de l’argent. Par l’entremise de Petronievic, il essaie de vendre sa vigne au prince Miloch, qui possédait d’autres terres en Valachie4. Par Michel Gherman, il essaie d’obtenir un passeport de Miloch pour sa femme5; une fois de plus ses essais sont voués à l’échec. Une nouvelle tentative de partir pour Vidin, faite en octobre 1836, reste elle aussi sans résultats, car il venait justement 1 La lettre de Pesacov à Manolaki Sismanoglu, du 9 mars 1836, Mss. 1277, f. 30. 2 Lettre de Pesacov à Persida, mss. 1277, f. 98—98v. 3 Bibliothèque de l’Académie, Mss. 1276, f. 24. * Ionel D î r d a 1 à, Mosiile dinastiilor sîrbesti în România, dans «Revista istoricà romàna», XVI, Bucuresti, 1946. 6 Cf. les lettres de PeSacov à Persida du 13 et 18 janvier 1836, Mss. 1276, ff. 25v—26