ses contemporains. Leur transmission par la tradition n’avait pas encore cessé du temps du chroniqueur Ion Neculce. Au moment où, à la fin de cette longue digression, commence à se dessiner à nos yeux l’aspect culturel de la Cour d'Êtienne le Grand — où l’on rédigeait une chronique, où les guzlars ambulants pratiquaient l’art épique et où le voévode utilisait les légendes à des fins politiques — il est nécessaire, pour brosser plus nettement le tableau de la culture slavo-roumaine, de poser également le problème des rapports entre les deux couches de la culture slavo-roumaine (à savoir la littérature écrite et la littérature orale), que l’existence du guzlar lettré à la cour de Pierre Aron et la rédaction féodale de la légende de la fondation du pays, nous obligent à considérer comme certaines. Mais nous ne pourrons considérer ce problème qu’à la lumière des suggestions que nous imposent des faits propres au XVI-e siècle. Nous nous référons au cadre littéraire de la ballade de Varticis0, inspipé par l’exécution du hetman Pierre Vartic, qui eut lieu le 7 Avril 1548 par ordre du prince llias Rares 82. Signalons que les vers de ce chant conservent manifestement les traits d’une origine érudite. Le motif des arbres entrelacés qui poussent sur les tombes des amants séparés brutalement,—est remplacé dans cette ballade' par deux roses. Le remaniement a été réalisé évidemment en tenant compte de la signification en arménien du nom de Vartic — «rose» (vard-)83. Les rapports politiques de la ballade avec le monde féodal sont évidents: sa naissance au sein de la cour est confirmée tant par la communion spirituelle de ce chant avec les récits conservés dans les chroniques du règne d’Alexandre Lâpusneanu au sujet d’Hélène Rareÿ 84 que par le geste histopique du voïvode. Aux insinuations infamantes contenues dans ces vers et aux insinuations de la chronique répondit à l’époque l’assassinat de la vieille princesse par le prince, son gendre 8S. Ce chant ne nous intéresse ici que sous son aspect anecdotique, qui fut réalisé par l’intermédiaire du récit biblique86 de Joseph et la femme de Putiphar. En signalant le remaniement, dans la rédaction roumaine, de ce récit biblique, remaniement qui comporte le remplacement des rapports originaires des protagonistes par une parenté spirituelle — marraine et filleul— qui découvre d’une manière insinuante, grâce au nom de l’hetman, Pierre, l’identité de la marraine, la princesse Hélène, femme de Pierre Pares ; et en soulignant dèrechef ainsi le caractère politique et lettré de la genèse de cette ballade, nous ne pouvons pas séparer l’apparition, de ce thème poétique rare dans le Sud-Est-européen été unique dans le domaine pou’rain de la « popularité » 80 C. N. Mateescu, Balade, Vâlenii de Munte, 109, p. 29 — 34. 81 Cf. notre étude intitulée Funcfiunea socialâ a cintecului bâtrdnesc, I, Balada lui Vartici à paraître dans la « Revista de Folclor », II 2. 82 G r . Ureche, ouvr. cité, p. 156. 83 Cf. « Dacoromânia », II, (1923), Cluj, p. 427. 84 Ion B o g d a n, Vechile cronici moldoveneçti, p. 125, ibidem, Letopise(ul lui Azarie, Bucarest 1909, p. 111. 85 Cf. Ouvre, cité, p. 182. 86 Cf. La Genèse, 39. 229