forme de duel au génitif53. Des recherches récentes montrent que les deux Moravies étaient: l’une, la Grande Moravie formée de la Slovaquie, de la Moravie, du nord de la Hongrie, ayant 30 cités ; l’autre s’étendant au- delà du Danube et ayant seulement 11 cités64. Vers l’est, la frontière de Mojmir s’étendait jusqu’aux Karpathes, ce qui facilitait l’activité de Cyrille et de Méthode dans ces contréesS5. Selon d’autres interprétations il s’agit en réalité de deux Moravies: La Moravie Supérieure « vysna » et la Moravie inférieure, « nizna » ou « inferior ». Cette dernière était plus isolée du pays de Svatopluk. Elle entrait dans le cadre de l’empire bulgare, et certains chercheurs identifient cette Moravie avec la région de la Tisa supérieure, avec le nord-ouest de la Dacie. Cette région jouissait d’une situation indépendante aussi par rapport aux Bulgares. Elle avait, depuis déjà la fin du IXe siècle, une organisation ecclésiastique propre. Le slaviste P. J. Safarik relate qu’en 879 la Moravie « Inferior » avait un représentant, qui participait au synode de Photios de Constantinople. Byzance s’intéressait particulièrement à cette région pour contrebalancer la puissante influence latino-germanique qui s’exerçait dans la Moravie Supérieure. L’existence d’une Moravie dans le sein de l’empire bulgare est confirmée aussi dans le texte slave de la légende de Solun, où parmi d’autres princes bulgares, tels celui de Preslav, etc., est mentionné «le grand prince de Moravie, Desimir». Veliki kniazü Desimirü Moravski i Radivoj knjazü Preslavski i vsi knjazi Blï-garski5e. Une preuve que les sources parlent d’au moins deux Moravies, c’est que les Polonais emploient jusqu’à nos jours, pour parler de la Moravie, la forme du pluriel «Moravy»57. La culture slave de Dacie a été renforcée aussi par les Slaves moraves réfugiés ici et chez d’autres peuples voisins à cause de la venue des Hongrois en Pannonie58. On lit dans la première vie de Naum que les Slaves moraves se sont réfugiés chez les Bulgares. . . « vü blïgary be zase » et que leur pays est resté désert au pouvoir des Hongrois59. Par « Bulgares » on comprend aussi la Dacie qui était sous la domination politique des Bulgares. Ceux-ci 63 D’autres cependant comme V. Jagic, ont vu ici une forme serbe en — u du génitif singulier du médio-bulgare: vyânjçjç Moravç. (Cf. Enstehungsgeschichte der Kirchen-stavischen Sprache, ed. II, 1913, Berlin, p. 177). 54 V. Vane iek, Prvnlch tislc let, 1949, p. 50 et 59; I. L. Cervinka, Slovane na Morave a rile Velkomoravskd, Prague, 1948 et T. D e k a n, Prtspcvok k otdzke politickÿch hranic Velkej Moravy, « Historickÿ sbornik », 1948, p. 201 — 202. 66 J. S t a n i s 1 a v, ouvr. cité, p. 149 et « Jazykov. sbornik, IV, 1950, p. 257 — 259. 58 Apud Ondrej R. Halaga, Slovanské osldlenie Potisia a wÿchodoslovenski greckokatolici, Kosice, 1947, p. 30 — 31. 67 Cf. V. V a n e c e k, ouvr. cité, p. 59. J. Stanislav, ouvr. cité, p. 147 — 148. Des détails importants sur la culture et sur la situation politique des différentes régions de la Grande Moravie, dans le travail de Jozef Poulik; « Staroslovanskd Morava », Prague, 1948, p. 110, 115 et 117. 68 Constantin Porphyrogénète, De administrando imperio, (Migne, Patrologia Graeca, CXIII, colonnes, 317 — 318.) 59 Le texte date de la première moitié du Xe siècle, donc d’une époque assez rapprochée de ces événements, qui-y dit-on-ont eu lieu à cause des sacrilèges des Moraves, qui avaient persécuté et chassé les disciples de Cyrille et de Méthode. Ces Slaves seuls se sont enfuis que les Hongrois n’ont pas emmenés en esclavage... (I. I v a n o v, ouvr. cité, p. 307). 180