peuplades de la Dacie, avec celles des Avares. Celles-ci concernaient surtout la naissance, la mort, le mariage, le culte des divinités païennes etc. A en juger d’après des noms de lieux comme « Igrice » gardés en Panonie et sur la Tisa supérieure, ces Slaves avaient une sorte d’artistes-chanteurs nommés igrici, lat. joculatores. Au bout d’un certain temps pendant lequel ils exerçaient leur profession à la cour du seigneur féodal, ils devenaient libres et on leur donnait un lopin de terre en pleine propriété. C’est de là que provient le nom de lieu : « Igrice » des Slaves moraves, mentionné aussi dans le «Dit de l’armée d’Igor». Cette manifestation culturelle a été empruntée aux Slaves moraves de la Panonie par les féodaux hongrois. La forme toponymique Igrici avec « i » pour « h » prouve qu’il s’agit de l’existence de ces igrici à l’époque de la Grande Moravie, notamment jusqu’à la première moitié du Xe siècle12. Les Slaves moraves sont les premiers qui soient arrives à une culture plus élevée grâce au christianisme, l’idéologie spécifique du moyen âge. L’aube de cette culture vint aux Slaves moraves de l’Occident. Dans la Grande Moravie venaient des missionnaires chrétiens de l’Italie, de la Grèce, de l’Allemagne, de l’Irlande13. Cette culture consistait au commencement dans des formules de confession, de baptême, de mariage et dans des prières élémentaires: le Pater, le Credo sous forme abregée14, notamment le symbole dit « des apôtres », ou le « Kyrie eleison », devenu, à cause de son ancienneté, dans la langue des Slaves occidentaux «Tir/es»15. Le chant a une tradition très ancienne aussi chez les Slaves de la Tisa supérieure. La nouvelle culture chrétienne se répandait chez les Slaves moraves dans une langue étrangère. L’empire franc essayait par ce moyen d’étendre sa domination politique vers l’est dans le monde slave. Pour l’arrêter, Rostislav, empereur delà Grande Moravie, lui a opposé cette même culture chrétienne, mais en langue slave: « slovënskymü jgzykomü », « nasimü jezykomü ». À la base de cette langue étaient les dialectes bulgares des environs de Salonique, d’où étaient originaires Cyrille et Méthode. Cette langue des premières traductions et des premiers services religieux s’est adaptée à celle des Slaves moraves. Dans ce but, Cyrille et Méthode fondèrent dans la Grande Moravie des écoles 12 II s’agit donc d’un emprunt fait avant la vocalisation des iers forts et avant la disparition des iers faibles. Dans la région de la Tisa supérieure ce toponyme se retrouve dans le département de Borsodska, au sud de Michkoltz. Deux autres toponymes se retrouvent près du lac Balaton. (Cf. J. S t a n i s 1 a v, Dejiny.. pp. 225 — 226.) 13 La plus ancienne attestation à cet égard se trouve dans la Vie de Méthode chap. V, (Voir, J a n Stanislav, Slovanski apostoli Cyril a Metod a ich cinnost’vo Velkomoravskej, Risi Bratislava, 1945, p. 72, et E. P a u 1 i n y, Dejiny spisovnej slovenciny, Bratislava, 1948, p. 334). 14 E u g. P a u 1 i n y, ouvr. cité, p. 337 — 343. A. V. I s a c e n k o, Zaciatky vzdelanosti vo Velkomoravskej risi, dans « Jazykov, sbornik », I —II, 1947, p. 137 — 178. Beaucoup de ces productions sont conservées dans les Feuillets frisiens, surtout dans la seconde partie écrite dans la Grande Moravie, Adhortatio ad poenitentiam. (Cf. A. V. I s a c e n k o, Jazyk a pôood Frizinskcÿh pamiatok, Bratislava, 1943, p. 48 —55. E. Pauliny, ouvr. cité, p. 343). 15 L’ancienneté de la forme « Krlef » est visible aussi dans le fait qu’elle a été soumise au même traitement que les mots slaves qui avaient un r syllabique: Kir-> Kïr> Kr. — Le passage de l’s final à 1*8 caractérise les mots étrangers du slave morave._Le phénomène provient des dialectes italiens du nord (Cf. Milos Weingart, Ceskoslo-venskÿ typ cirkevnej slooanciny, Bratislava, 1949, p. 88 —91. Jân Stanislav, Dejiny.. I. P- 208 et suiv.) 171