le chiffre de 62.628 habitants fourni par la statistique bulgare 9 et dont la langue a subi et continue de subir d’incessantes influences bulgares. Dans l’Est et dans le Nord du pays il existait une nombreuse population slave (du groupe des Slaves de l’Est), établie dans ces régions et surtout en Moldavie depuis fort longtemps. Son existence est prouvée par des éléments toponymiques de caractère slave oriental, plus exactement ukrainien, à partir du XlV-e siècle et qui apparaissent—ainsi que l’a démontré l’académicien E. Petrovici — dans toute la Moldavie et la Bucovine, dans l’Est de la Valachie et la Dobroudja, ainsi que dans le Nord-Est de la Transylvanie 10. Ces Slaves se sont roumanisés presque tous u, mais en laissant des traces dans la phonétique et le lexique des parlers roumains des régions respectives, ainsi qu’on pourra le voir ci-après. Dans le Banat on trouve aujourd’hui encore un nombre pas trop grand de Serbes (nous parlons ici du Banat roumain)1-, venus s’établir ici dans le courant du XV-e siècle 1S. Ils durent être plus nombreux jadis, mais ils se sont roumanisés en partie. Ainsi par exemple entre les rivières du Mureç et du Timiç et au sud de Lipova il existait jadis une population serbe plus nombreuse qu’aujourd’hui. Quant a rapports entre Roumains et Magyars du territoire de la Transylvanie il n’y a aucune nécessité d’insister là-dessus. Ces rapports sont anciens, ils remontent à plusieurs siècles et ils furent et ils sont d’une intensité particulière, grâce au nombre de Magyars de Transylvanie, aussi bien dans le passé, que de nos jours. Les rapports étroits que les Roumains ont entretenus durant des siècles avec les Slaves et les Magyars, et qui ont ouvert la voie à un permanent mélange ethnique et au bilinguisme, ils ont eu des répercussions sur la langue roumaine (comme d’ailleurs aussi sur les dialectes slaves et magyars parlés dans la République Populaire Roumaine). Les parlers de ces Slaves et Magyars ont influé surtout sur le phonétisme et le lexique de la langue roumaine, contribuant à la formation des cinq sous-dialectes daco-roumains. Nous tâcherons de montrer tout d’abord quelles sont les plus importantes influences phonétiques slave et magyare reconnues comme caractéristiques des sous-dialectes daco-roumains 14. * 9 G. W e i g a n d, toc. cit., p. 253. 10 E. Petrovici, dans « Limba romlnâ » I, no. 1, p. 23. 11 Au recensement de 1930 seul un nombre de 4742 habitants de la Moldavie et 19044 du Maramureç ont déclaré comme langue maternelle l’ukrainien. Leur nombre était bien plus grand en Bucovine. Mais ces Ukrainiens de Bucovine peuvent être venus (ne fût ce que partiellement et depuis assez peu de temps) de Galicie, de même que ceux du Maramureç qui semblent eux aussi s’y être installés plus récemment. 12 Au recensement de 1930 un nombre de 40.077 habitants ont déclaré avoir pour langue maternelle le serbo-croate ou le Slovène, et au recensement de 1956 ce chiffre est de 41.014 personnes. Quand il est question des relations linguistiques roumaino-serbes il faut tenir compte aussi des Roumains vivant au delà de la frontière yougoslavo-roumaine. ls Voir E. Petrovici, dans « Dacoromania » X, p. 250. 14 Nous croyons qu’il est nécessaire de mentionner les traits phonétiques caractéristi- ques les plus importants des sous-dialectes daco-roumains. Nous nous reporterons aux 34