L’apparition du second centre culturel slavo-roumain, celui de Putna (1470), fut évidemment le résultat d’un acte de la volonté princière, donc un acte d’État. L’étude entreprise par Emile Turdeanu19, au sujet des manuscrits de l’époque d'Élienne le Grand — dont le but immédiat, souligné par l’auteur, fut de tracer le fil conducteur de la civilisation pendant le règne de ce grand voi-vode — a déjà souligné les rapports de la civilisation slavo-moldave dans ses manifestations graphiques, avec les périodes politiques que l’on distingue dans le règne de ce prince. L’apparition des premiers manuscrits qui eut lieu à peine vers la fin de la première période de son règne (1457—1471), période pendant laquelle le voévode a dû étouffer la résistance des grands féodaux pour donner à la Moldavie une nouvelle base politique, prouve non seulement que l’activité littéraire slavo-roumaine n’était pas indépendante de la vie de PÉtat, mais qu’elle représentait quelque chose de plus, car ce n’était pas là seulement une activité théologique, même dans ses œuvres liturgique, mais également une réalisation politique. En effet, deux des premiers manuscrits exécutés au^temps d’Etienne le Grand, à savoir les deux manuscrits des Actes des Apôtres de 14b3 — qui se trouvent aujourd’hui à Moscou et au monastère de Chilandar — et qui sont les premiers produits des ateliers des copistes moldaves postérieurs à Pan 1456 — avaient été commandés par le prince et étaient destinés à des monastères du Mont Athos. Ils étaient donc destinés — étant donné que l’on ne saurait expliquer autrement la précipitation du prince qui se préoccupa de ce don avant même d’avoir fondé le monastère de Putna ou d’avoir doté d’autres monastères moldaves de semblables trésors — à marquer dans le monde orthodoxe, là où la Moldavie était présente par les dons A'Alexandre le Bon, l’apparition en Moldavie d’un nouveau règne, illustre, riche et par conséquent puissant. Le second acte qui témoigne de l’intérêt d’Étienne pour la culture slavo-roumaine, fut de doter sa fondation de Putna d’un nouveau centre de littérature slavo-roumaine. Dans ce but, on y transféra de Neamtz les moines Casian (Cassien), Joanichie (Joannice) et Nicodim (Nicodème), qui y créèrent bientôt de nouveaux disciples. Ce fait, ainsi que la commande de manuscrits slaves 20 faite au monastère de Zographou afin d’en doter le fonds bibliographiques moldave, prouve qu’à l’époque d’Etienne l’activité des écoles de copistes correspondait à une question d’Etat. A l’absence de tout manuscrit datant des premières années du règne d’Êtienne, ce qui équivaudrait en principe à l’inactivité littéraire de Neamtz, correspond durant les années suivantes, une activité fébrile. Les clients sont lieu plus tôt dans les monastères valaques, préparées déjà dès le début du XV-ème siècle, par l’activité de Nicodim (Nicodème); c’est pourquoi nous nous rallions à l’opinion admise par P. P. Panaitescu (La l’I.ttéralure slavo-roumaine et son importance pour les littératures slavis, Prague 1928, p. 4), d'autant plus que la dépendance formelle de la littérature slavo-roumaine des modèles médio-bulgares, ne limite pas l’activité de la culture slavo-roumaine à la simple transmission du capital littéraire médio-bulgare. 19 Cf. « Cercetâri literare », IV. (1943), p. 99 — 240. 20 Cf. Ibidem p. 197-199. 213