70 en peu de temps83. Il achète aux négociants autrichiens, des armes et de la poudre en grandes quantités ce qui démontre qu’il disposait de grosses sommes d’argent84. Il faisait au vice-consul russe Karneev de fréquentes visites et des documents, inconnus jusqu’à maintenant montrent, qu’au cours des perquisitions qu’on lui a faites après les sanglantes bagarres du port de Brada, on a trouvé sur lui deux passeports, l’un serbe et l’autre russe 85. D’après le rapport du consul Atanasovici adressé à Metternich, Tatici aurait déclaré au cours de l’enquête de Braïla que c’était le Prince Miloç qui avait tout réglé 86. Et toujours d’après certains documents inconnus ou inutilisés jusqu’à ce jour Tatici qui avait été le chef de la rebéllion est gracié par Bibescu à la condition de partir en Serbie et de promettre de ne jamais revenir en Valachie. Malgré les précautions de Miloç, qui travaillait dans l’ombre, le rôle qu’il a joué ressort clairement de tous les documents ci-dessus. Le négociant que Desu a trouvé « par hasard » à l’auberge de Manuc était l’homme de Milos. Ce « par hasard » doit être interprété dans le sens que Desu ou bien n’avait pas voulu en 1844 tout divulguer, ou bien que Milos avait pris des mesures de précaution même vis-à-vis de Deçu. Cette dernière hypothèse est la plus plausible, car Milos répète le jeu avec Tatici aussi. Quoique ce dernier soit son homme de confiance il rompt avec lui d’une façon tapageuse afin que personne ne puisse soupçonner un lien quelconque entre lui et son ancien officier. Le négociant Gopievici est lui aussi l’homme de Miloç, care il est difficile de croire qu’un négociant qu’il ne connaissait pas ait pu faire sortir Tatici de prison lui payer ses dettes et l’emmener à Braïla où il dispose par la suite d’impressionnantes sommes d’argent. Il est probable que les Russes eux aussi lui ont donné de l’argent comme le soupçonnait la police moldave à cause d’un certain Marinkovici qui avait reçu d’eux un petit sac plein d’argent. Les négociants bulgares et probablement aussi Milos avaient donné eux aussi de l’argent à Vîlkov. Comme Miloç, Tatici travaille lui aussi dans l’ombre puisque jusqu’au dernier moment ce n’était pas lui mais un «certain Vasili >> en fait le capitaine Vasili Vîlkov qui passait pour le chef du mouvement. Ce n’est que lorsque tout fut prêt que Tatici sortit de l’ombre et prit le commandement87. Voilà donc la vraie lumière dans laquelle il faut voir le mouvement révolutionnaire de Braïla qui, même si le nombre des Serbes qui y participent est réduit, doit être considéré, au moins par ceux qui en ont l’initiave et par ceux qui le dirigent, comme un mouvement serbo-bulgare, tout comme le mouvement de 1842 sera un mouvement greco-bulgare. C’est le départ forcé de Miloç qui est la cause de toutes les hésitations dont les volontaires, qui ne savaient pas s’ils devaient traverser immédiatement le Danube à Mâcin ou s’ils devaient prendre le chemin de Turnu-Mâgurele où Desu les attendait avec des chaloupes préparées pour leur faire traverser le Danube, ont fait preuve à Braïla. 83 Hurmuzaki, Doc., XVII, p. 821. 84 Arch, de l’Etat, Bue., Dos. 989/1841 folio 189. 85 R o m a n s k i, EpaujicKu ucmopuünu, p. 78 — 81, 90 — 98. 86 R o ni a n s k i, AecmpüücKU doKyMeumu, p. 177, 5 Arch, de l’Etat, Bue., dos. cit., f. 291. 87 Tani Ghincev qui connaissait tout le mouvement par les dires de Bacovski, indique lui aussi dans ses mémoires, le Prince Miloç, comme élant l’initiateur de tout le mouvement. 258