encore dans la légende de la fondation de la Valachie, notée au XVIIe siècle par Païsios Ligaridis 74, qui se trouve à l’origine de la légende de la naissance de Iancu de Hunedoara, et n’en dérive pas 76. Nous ne disposons pas de documents certains, mais nous ne pouvons cepen-dants pas séparer la création de la rédaction féodale — qui apparaît précisément dans sa rédaction la plus ancienne dans un texte appartenant à l’époque et à la Cour d'Êtienne le Grand — de l’activité culturelle de la cour du voïvode. Les préoccupations de culture de ce prince dans le domaine inspiré et' dominé par l’Eglise, ont inclu, pour exprimer la richesse et par conséquence aussi la puissance du pouvoir princier, la dotation des monastères et des églises d’objets précieux qui parlent aux yeux, et l’utilisation à des fins de propagande à l’intérieur et à l’extérieur du pays, de riches manuscrits exécutés dans les ateliers de Neamtz et de Putna. Mais bien plus, elle s’est également étendue à la mise des valeurs littéraires — inspirées dans ce temps là par l’Église — au service de l’éducation des masses populaires. Nous nous référons à la transposition en images du roman pieux de Varlaam et Josaphat dans les fresques qui ornent l’intérieur du clocher, construit par le prince Êtienne, par lequel on pénètre dans le monastère de Neamtz76. Dans l’autre domaine de son activité culturelle, — le culte du passé — s’est attachée, après l’embellissement des tombeaux de ses prédécesseurs et la réfection de l’obituaire de Bistrita77, à la rédaction d’annales, destinées non seulement à rafraîchir les souvenirs, mais à rattacher également son règne au passé qui s'y trouvait représenté. Cette activité a pu et a dû avoir aussi des manifestations orales, qui sont de rigueur pour la culture médiévale. Le fait d’avoir abrité la tombe de Drago§ à Putna, — monastère destiné à être la métropole culturelle et la nécropole princière de la Moldavie, — celui d’avoir souligné par l’inscription qu’il fit apposer sur le tombeau de ce dernier sa qualité de dead (ancêtre), et enfin celui d’avoir transporté d’Olovât à Putna l’église fondée par Dragos, constituent des actes qui indiquent d’une manière catégorique, le désir et l’intention du voïvode de rattacher spirituellement son autorité sur la Moldavie au passé du pays que Dragos symbolisait en dernière analyse. Dans ces conditions il nous semble non seulement probable, mais certain, que la rédaction féodale de la légende de la fondation de la Moldavie qui, à à la différence de la rédaction pastorale, plus ancienne, fait de la personne du fondateur: Drago§ l’élément central de l’événement, (élément qui apparaît pour la première fois dans un texte apparténant à la Cour et de l’époque d’Êtienne le Grand, a dû résulter des nécessités de sa politique. Et cela d’autant plus que Dragos ne figurait pas, avant l’époque d’Etienne dans l’obituaire princier de Bistrita78, mais qu’on le trouve dans la liste des princes donnée par la chronique écrite à la Cour du voïvode, qui résume succinctement toutes les données féodales de la légende de la fondation du pays par Dragos. 74 Conformément à notre étude cité ci-dessus. 75 D. Russo, Studii ji critice. Bucarest, 1910, p. 96. 76 I. D. Çtefânescu, ouvr. cité, dans « Byzantion », VII, (1932), p. 347. 77 Damian P. Bogdan, Pomelnicul mânâstirii Bistrita, Bucarest 1941, p. 21. 78 Ibidem, p. 32. 15* 227