de la femme de Putiphar, qui apparaît, ainsi que nous l’avons déjà indiqué, dans quelques manuscrits du XVe siècle. Le patrimoine de la littérature slavo-ronmaine écrite a donc influencé la création épique orale, qui était sans aucun doute cultivée également au XVe siècle en Moldavie, c’est ce qui et explique la qualité artistique de la langue médio-bulgare indiquée par le texte de certaines inscriptions, comme aussi par celui de différents passages du letopiset. Dans cet ensemble de faits, de situations et de valeurs historiques, parmi lesquels la littérature slavo-roumaine a été reconnue comme une réalité vive et complexe, se situe aussi le chant de Stefan Vodâ (du prince Ëtienne) découvert par B. P. Hasdeu dans la Grammatika Ceska de Blahoslav. Attirant de nouveau l’attention sur un fait déjà affirmé, nous répéterons que la forme poétique en cause n’est pas une chanson d’amour, mais une ballade historique, fait qui sera prouvé par les analyses auxquelles nous allons procéder. Nous devons encore préciser que sous l’habit linguistique ucrainien de ce chant, se dissimule historiquement l’une des formes originelles de la poésie slavo-roumaine du Danube87, la seule directement conservée (bien que dans une autre langue) avec ses aspects originaires. L’analyse littéraire du texte confirmera et soutiendra cette thèse. L’analyse linguistique a déjà reconnue les caractères occidentaux, à savoir galiciens88, de la langue ucrainienne ayant servi à la rédaction de ce chant. Il est difficile, d’en tirer d’autres résultats à cause de la complexité des indications philologiquement possibles. Négligeant donc quelques indications linguistiques de cette sorte — par exemple le phonétisme cemu (vers 1), l’accusatif du pronom personnel me (vers 11), le locutif de type roté (vers 6, 7, 8) ou le phonétisme Stefan (vers 8—-12, 15—19) — nous ne nous arrêterons qu’à ce que nous considérons comme significatif au point de vue philologique. La troisième personne du pluriel de l’indicatif présent apparaît dans notre texte sous les formes Serenuju (vers 6), strylaju (vers 7) et stofu (vers 2). Cette forme est anormale en ucrainien (-tj), mais également impropre en slovaque (-a), comme en polonais (-g.). Elle est par contre toute naturelle en serbe, langue qui perdu a de bonne heure, dès le Xlle siècle, la consonne finale (-t)89. Cette indication grammaticale unique, même si elle est insuffisante philologiquement pour fixer I origine linguistique de notre chant, suffit cependant pour situer cette ballade, entendue chez les « Croates », dans ses perspectives littéraires réelles. Et cela d’autant plus que rien ne nous permet d’affirmer que ce chant entendu à Venise, et même selon une autre version parmi des Croates90, ait jamais circulé en Ucraine. 87 Cf. notre étude inédite Poetica slavo-romtnä, qui paraîtra dans « Studii çi materiale de istorie medie », III. 88 Potebnja A., ouvr. cité. 89 Cf. V o n d r a k, Vergleichende slavische Grammatik, II, 2, édition, Göttingen, 1927, p. 173. 90 Jan Blahoslav, ouvr. cité, p. 384. 230