...«Dicas mihi censum propter qui deberem (di)mittere illam terrain qua ego gladio accepi. Vzyali esmi tu bukatu zemtye, choczu stobi my szya dostalo. Postqugm domini tui non vénérant prodio, tuncego mittam ad meos homines ad terram e çomisso. 53. La phrase ucrainienne englobée dans le texte latin de la réplique d’Êlienne le Grand fut, de toute évidence, prononcée par lui dans un moment d’éner-vement, pour se faire mieux comprendre de Firleij, chose que l’ambassadeur a reproduite textuellement. L’incident prouve que le voïvode moldave connaissait et utilisait la langue slave. En effet, si Firley avait eu la fantaisie de traduire lui-même au milieu du texte latin un phrase en slave, on ne pourrait pas expliquer l’emploi, pour la notion de « un bout de terre », du terme slavo-roumain bukata, au lieu des termes spécifiquement ucrainiens ou polonais, sztuka ou kusak 54. Il semble du reste que le prince n’était pas seul à connaître le slave, et qu’il en était de même de ses boyards. En effet une étude généalogique entreprise par 1. C. Miclesco-Prâjesco ^ semble prouver pour autant que nous sachions56, que les notaires de la chancellerie voïvodale, qui rédigèrent au XVe siècle et même plus tard les chartes slavones de la Moldavie, appartenaient presque tous aux vieilles familles dont l’origine remontait à la fondation de l’État. 63 Cf. ouvr. cité. p. 479. 54 Ion Bogdan, ouvr. cité p. 488. 55 Despre unii dregâtori moldoveni din sec. XVI —XVIII çi neamurile lor (étude en manuscrit que l’auteur a eu l’amabilité de nous communiquer). 56 Voilà ce que nous a écrit â ce sujet le 15 juillet Monsieur I. C. Miclesco-Prâ-j e s c o: . . .« je suis parvenu à la conviction que les notaires qui apparaissent comme scribes de documents aux XV et XVI-e siècles, loin d’être des fonctionnaires mineurs, ordinairement des moines, comme le croyaient certains de nos historiens, étaient, presque sans exception, recrutés dans les rangs des plus grande familles de boyards. On rencontre à cette époque une véritable caste de lettrés, qui détiennent une sorte de monopole des questions regardant la chancellerie moldave. Je songe à tous les grands logothètes qui se çont succédés aux conseils princiers, depuis les premiers voévodes jusqu’à Vasile Lupu, c’est-àdire durant près de trois siècles. Presque tous, ils ont franchi tour à tour les degrés hiérarchiques de la chancellerie, commençant par être scribes (diac, dascâl, pisar), puis troisièmes logothètes, seconds logothètes. pour finir par être grands logothètes. C’est le cas d’un Mihail logofâtul, d’un Ion Dobrul, d’un Toma logofât, d’un Ion Tàutul, d’un Gabril Totruçan, d’un Toader Boboiog, d’un Mateias, des Moghila, des Stroici, des Gavrilaç, Mateiaç et de bien d’autres encore. Presque sans exception, ils sont les descendants des boyards fondateurs de la Moldavie et, comme tels, ils sont apparentés, — dans une proportion bien plus forte qu’on ne l’a supposé jusqu’ici — tant entre eux, qu’avec tous les boyards du conseil princier, et même ordinairement, avec les princes aussi. Cette proportion ne saura être précisée qu’après utilisation systématique des données généalogiques que nous livrent les actes particuliers internes. Considérée sous cet angle, la question de l’emploi de la langue slavonne dans les diplômes des XVe et XV11« siècles recouvre un aspect, nouveau: la connaissance du slavon par les notaires de cette époque polirait n’avoir guère été acquise dans les écoles ou les monastères, mais bien plutôt héritée de famille, en d’autres termes la langue slavonne ne serait pas, comme on l’a cru jusqu’à présent, une langue morte, utilisée exclusivement par l’église et la chancellerie princière mais la langue de l’aristocratie d’alors, c’est-à-dire des fondateurs de l’Etat. Nous touchons ici à l’un des grands problèmes de notre histoire, notamment de celle de la Moldavie, qui attendent encore leur solution ». 22a