es langues slaves méridionales, qui n’ont pas vécu dans la zone de la civilisation latine ou catholique. La présence du mot lunà « lune » dans les langues slaves méridionales, et justement dans le langage populaire — mais le mot se trouve déjà dans le vieux slave liturgique—-nous montre que l’influence du latin — si influence il y a eu — s’est développée à une époque antérieure à l’époque dite bulgare ancienne et qu’elle s’est exercée sur le peuple. Dans ce cas, pourquoi ne pourrait-on pas admettre que, dans les langues slaves septentrionales aussi (celles de l’Ouest et celles de l’Est), et à une époque tout aussi ancienne, ce mot ait pu être également un mot populaire? D’ailleurs, à l’encontre des allégations d’USakov, il est populaire en russe et certainement aussi en polonais. Est-il donc encore nécessaire d’admettre une influence littéraire du latin sur le polonais, le tchèque et le russe, au moyen-âge ou plus tard, jusqu’au XVIII-e siècle? Evidemment non. Le problème se pose pourtant de la façon suivante: le sens de «lune» appartient-il au slave primitif, ainsi que l’a admis Miklosich? Ou bien le sens slave primitif n’était-il que celui de « lumière », « rayons », comme le supposait Bitickrer, et le sens de «lune» s’explique-t-il par une influence du latin populaire ou de certaines langues romanes, sur les j arlers slaves populairs? Vasmer (« Z.f.sl.Ph. », XVII, 1941, p. 51) s’est rallié à l’opinion de Miklosich. Après avoir nié l’existence des éléments bulgares dans les dialectes ukrainiens carpathiques, il ajoutait: « Schliesslich ist nicht zu vergessen, dass es auch partielle Übereinstimmungen zwischen nicht benachbarten idg. Sprachen gibt, wie etwa lat. luna und russ. lunà « Mond »... 2 L’auteur admet au sujet de ce mot une évolution phonétique et sémantique indépendante, du latin et des langues slaves. (Voyez aussi Russisches Etym. Wörterbuch, II, Heidelberg 1955, p. 69). L’évolution phonétique dans le cas présent est incontestable, mais l'évolution sémantique est difficile à admettre. Nous avons plutôt affaire à une évolution sémantique indo-européenne primitive, c’est-à-dire, plus exactement à une évolution qui a eu lieu dans certaines régions de la langue indo-europénne primitive dont le latin et les langues slaves ont hérité. Mais il est plus probable que ce n’est que dans la langue italo-celtique primitive que le sens de «lune» est appaiu et que nous sommes en présence d’une influence du latin sur le slave. Personnellement, nous serions disposés, donc à reprendre la théorie d’Usakov, mais avec une modification essentielle: le mot luna est d’origine latine, mais ce n’est pas un mot nouveau et il n’a pas pénétré dans la langue par la voie littéraire. Il est ancien et s’est propagé par la voie populaire, c’est-à-dire par l’intermédiaire de la population romane du Bas-Empire. Mais il est certain qu’il s’est superposé à un mot autochtone au même aspect phonétique et qui signifiait «lumière », «éclat», de sorte qu’en réalité notre théorie serait plutôt une reprise de la théorie de Berneker et de Brückner que de celle d’USakov. Il est évident que, si l’on admet un emprunt latin, la grande diffusion de ce mot — on le trouve sur tout le territoire slave 2 II ne nous a pas été possible de consulter l’article plus ancien de M e i 11 e t, Les deux noms slaves de la lune, mesçcl et luna (« Zbirnyk Zachodoznastva », Kharkov —Kiev, II, p. 211—212). Dans «Revue des Etudes slaves», VI, p. 40, le linguiste français a invoqué, contre l’origine latine du mot, le fait que le mot slave ne présente pas le traitement y de 1’ ü latin, comme dans d’autres mots slaves d’origine la:ine. Mais dans plusieurs nïots slaves d’origine latine ü latin est conservé. 46