En réalité, ce qui est étonnant, ce n’est pas tant le maintien d’un infinitif long ayant une signification de substantif, que le fait proprement dit que le verbe a disparu et qu’il n’est demeuré que son infinitif substantivé. Aussi proposerons-nous une autre étymologie du termen meserére. L’emploi de ce mot dans la «Vie du patriarche Niphon » (Doamne mese-rere) sort lui aussi de l’ordinaire. On est involontairement tenté, nous l’avons déjà dit, de rapprocher cette formule du miserere Domine de l’Eglise latine. C’est du reste l’explication que nous croyons devoir proposer de ce terme appartenant au roumain archaïque. Il n’y aurait ainsi rien d’étonnant à ce que les Roumains qui connurent pendant plusieurs siècles les offices de l’Eglise latine aient gardé un tel mot. Pour ne citer qu’une autre langue romane, le français possède lui aussi des mots dont Pétymologie est d’origine liturgique; les uns ont subi une longue évolution phonétique (par exemple « patenôtre », du Pater noster quotidien), tandis que les autres d’emprunt savant, tout en gardant intacte leur forme latine, n’en ont pas moins éprouvé des modifications de prononciation et d’accentuation propres au génie de la langue française, français disgrâce!) — , comme l’attestent certains exemples cités par Tiktin, op. cit., ou appartenant au chronographe de Michel M o x a (éd. cit., p. 98, 108, etc.), Le parallélisme avec le mot roumain, d’origine slave, milâ est frappant. Au moment de donner le « bon à tirer » le professeur Tr. Ionescu-Niçcov a l’extrême obligeance de signaler à notre attention un document valaque de 1602 publié par B. P e t r i -cetcu-Hasdeu, Cuvente den bâtrâni, 1, Bucarest, 1878, p. 127, 128. On lit dans l’édition de cet acte princier les mots mesercri $i slujbele domniei meale (« les grâces — i.e. dignités — et offices de Ma Seigneurie »). Le dit document figure encore dans le corpus édité par l’Académie de la République Populaire Roumaine, Documente privind istoria României. Veacul XVII. B), fara Româneascâ (1601 — 1610), Bucureçti 1951, p. 37, no. 45. Les éditeurs n’ont point compris le mot lu par Hajdeu et l’ont rendu par l’incohérent misriri ! Nous avons pu constater sur l’original, déposé aux Archives de l’Etat à Bucarest (M-rea Tismana, XCI/34) le bien fondé de cette transcription — AtHptipn où il convient de suppléer encore un h pour y lire correctement misiriri. (Bien que les H des deux premières syllabes se distinguent de celui de la finale, il ne saurait s’agir, comme l’a cru Hajdeu, d’un e, comme en fait foi l’examen des particularités paléographiques de l’écriture du notaire). Cette forme en i à l’initiale est encore plus près du miserere latin. L’itacisme du terme nous pousse à y voir une forme moldave et non valaque. (Cf. aussi ie phonétisme sâ-i praade). Le formulaire final de l’acte en question (c.i.u rocno,\,HM'k nHA'kA et S>i[ha] rîa[hkh] aum-|o]^t»t) est du reste emprunté à la chancellerie moldave. Il n’y a pas lieu de s’en étonner, puisque le prince qui a émis le document, Siméon Moghila, était un Moldave monté sur le trône de Valachie par le force du glaive, au lendemain de la fin tragique de Michel le Brave. Le scribe anonyme qui rédigea l’acte en question était donc probablement un Moldave lui aussi. Le phonétisme misiriri vient ainsi compléter l’aire géographique et dialectale de mesereare. Haj deu, op. cit., p. 129, voyait dans ce mot, qui répétait « en tout point le latin miserere» conservé chez les classiques seulement sous la fcime passive misereri un archaïsme roumain des plus remarquables ». (Notons encore que L. Ç à i n e a n u, op. cit., p. 410, considérait, à tort selon nous, les mots mcsercre et meserâtalc comme dérivant de l’adjectif measer). Pour clore cette longue note additionnelle, nous rappellerons que Hajeleu avait encore relevé sur un copie ancienne du document de 1602, le mot mitostenii