La chronique des princes de Moldavie du XVime siècle. La forme le plus rapprochée de ce prototype, dont on a connaissance jusqu’à présent, est celle de la chronique dite de Bistri|a, tandis que toutes les autres annales apparentées n’en sont que des remaniements plus ou moins tardifs. Donc l’étude sur le lieu d’origine et la date d’élaboration de la chronique des princes moldaves du XVème siècle doit prendre son point de départ de l’analyse de la chronique dite « du monastère de Bistrita ». LA CHRONIQUE DE LA COUR D ETIENNE LE GRAND. De l’analyse intrinsèque de la chronique dite du monastère de Bistrita résulte d’emblée un fait précis: en aucun cas cette chronique ou variante de la chronique initiale n’a été écrite au monastère de Bistrita. Nous avons démontré que les informations de la chronique dite « de Bistrita » ne concordent nullement avec l’obituaire de Bistrita, composé dans ce même monastère. D’un autre côté l’auteur de la chronique dite « de Bistrita » ignore le nom de la princesse Anne, l’une des épouses d’Alexandre le Bon, quoiqu’il nomme ses autres femmes et pourtant sa tombe se trouve aujourd’hui encore à ce même monastère de Bistrita29. Même l’année de la mort d’Alexandre le Bon figurant dans ces annales (1434 au lieu de 1432) est erronnée, erreur d’autant plus curieuse que cette date devait se trouver sans cesse sous les yeux de tous les moines de Bistrita, étant gravée sur la pierre tombale du prince enseveli justement dans ce même monastère30. Comme le texte de la chronique dans la version dite à tort « de Bistrita » ne se rattache par aucune de ses mentions àT’existence d’un convent quelconque, il faut admettre que la rédaction de l’ancien prototype dont il â été question précédemment ne doit pas être atribué aux religieux d’un monastère. Cette conclusion pose le problème du lieu d’origine et de la date du prototype des chroniques contenant l’histoire de la Moldavie au XVème siècle. Touchant le moment de. la rédaction, I. Bogdan estimait que la « chronique de Bistrita » avait été commencée au cours des premières décades du XVèrae siècle31. Il nous faudra néamoins pousser la date de la rédaction de la première chronique moldave jusque dans la seconde moitié du siècle, durant le règne d’Etienne le Grand (1457-1504). Pour peu que l’on analyse le contenu du texte de la chronique dite de Bistrita, on est frappé de la disproportion entre l’espace accordé à l’histoire de la Moldavie jusqu’en 1457 et celui réservé au règne d’Etienne le Grand, commençant à cette date. L’intervalle de 1359— 1457 occupe dans le texte des annales édités par Bogdan deux pages et demie pour relater l’histoire d’un siècle (98 ans), tandis que celui de 1457—1504 occupe douze pages consacrées aux 47 années de ce règne. Il résulte donc que seule cette dernière partie a pu être écrite par un contemporain32. Si l’on examine la liste des princes de cette chronique depuis Dragos, le premier prince de Moldavie, jusqu’à Alexandre le Bon, on observe que les années 29 N. I o r g a, Inscriplii din bisericile ramine, Bucarest, 1905, p. 38. 30 I. Bogdan, Cronice inedite p. 35. 31 Ibidem, (introduction) p. 16 — 20. 32 Ibidem, p. 34 — 48. 154