centrale n’est qu’une version de la chronique moldave en slavon, écrite, à la demande et pour l’information du souverain moscovite Ivan III65 (1440—1505). « Or il y avait parmi eux un homme prudent et vaillant nommé Dragoç et il partit avec ses compagnons à la chasse aux bêtes fauves et ils trouvèrent au pied des hautes montagnes la trace d’un aurochs et ils s’en allèrent en suivant sa trace au-delà des hautes montagnes et ils franchirent les montagnes et ils rejoignirent l’aurochs sur les bords d’une rivière sous un saule et ils le tuèrent et festoyèrent avec leur gibier. Et Dieu envoya à leur coeur la pensée de se choisir un endroit pour vivre et de s’y établir, et ils s’unirent tous et déciderènt de rester là, et ils s’en retournèrent et racontèrent à tous les autres la beauté du pays et de ses cours d’eau et de ses sources, et cette idée plut à leurs compagnons et ils décidèrent d’aller eux aussi là où avaient été leurs compagnons et ils cherchèrent à choisir l’endroit, car tout autour c’était la solitude et aux confins erraient les Tartares avec leurs troupeaux, et ils implorèrent ensuite Vladislav, le roi de Hongrie, de les laisser aller, et Vladislav, par une grande grâce, les laissa partir. Et ils partirent du Maramureç avec tous leurs compagnons et avec leurs femmes et leurs enfants, au-delà des hautes montagnes, et coupant les forêts et écartant les pierres ils franchirent les monts avec l’aide de Dieu et arrivèrent à l’endroit où Dragoç avait tué l'aurochs, et cet endroit leur plut et ils s’y établirent, et ils choisirent parmi eux un homme sage du nom de Dragoç et ils le nommèrent leur prince et voïvode et c’est depuis lors qu’a commencé (à exister) avec la permission de Dieu, le Pays de Moldavie » L’anecdote qui est à la base de ce récit, esl indubitablement commune aux deux rédactions, qui ne diffèrent que par le cadre social de la fable et la tonalité stylistique de l’expression. Les effets d’une transhumance originelle cédèrent le pas à une transmigration. Les aspects idylliques de la terre moldave sont dominés par le soulignement un au chroniqueur de leur état désertique. Des évocations historiques apparaissent: les Tartares qui possèdent les plaines, le roi Vladislav de Hongrie qui autorise la transmigration. La personnalité de Dragos tend à passer au premier plan, dans la tonalité stylistique apparaissent des valeurs eeclésiastiques quf rappellent les annales moldaves, dont fait d’ailleurs partie la légende telle qu’elle est rédigée dans la chronique russe citée plus haut. En dernière analyse le texte correspond à la rédaction transmise, succinctement et sous une forme encore plus catégoriquement féodale, par les deux rédactions médio-bulgares du letopisef, qui racontent ce qui suit: « Le voïvode Dragoç vint du pays Hongrois — du Maramureç — chassant l’aurochs et il régna deux ans »67, « En l’an 6867 (1359) vint le voïvode Dragoç du Pays hongrois —du Mara-mureç — poursuivant un aurochs et il régna deux ans »68, L’épisode de la chasse, formellement commun au deux rédactions, apparaît dans la première — celle de Gr. Ureche — comme un simple incident secon- 1,5 V. Costàchel, Relafiile dintre Moldova ji Rusia In timpurile lui §tefan cel Mare, dans le volume « Studii cu privire la §tefan cel Mare », Bucarest, 1956, p. 169 — 202. a6 Cf. Ion Bogdan. Vechile cronici, p. 187 — 188, 237 — 238. 67 Ibidem, p. 143 — 194. 68 Ion Bogdan, Cronici inedite atinyàtoare. p., 34, 49. 15 - 158 225