Cette lutte est unique dans l’histoire des guerres danubiennes. Les 28 août 1445 au soir, les Burgondes, amenés sur le Danube par la flotte de Wale-rand de Wawrin, et les Roumains de Vlad Dracul, qui avaient pris ensemble aux Turcs la forteresse de Turtucaia, en vinrent aux mains pour le butin. Le fait est consigné par Jehan de Wawrin 105, le chroniqueur de l’expédition, et fut poétisé 116 dans le premier épisode d’une ballade conservée succinctement dans le noël intitulé Din vad în vadul Brâilei107 (Du gué au gué de Brâila). La forteresse personnifiée par une vierge dans le noël que nous analysons était indiscutablement celle de Giurgiu,—fondée selon la tradition par les Génois108 — qui, appartenant en 1445 aux Turcs, fut reconquise, comme dans le texte poétique, par les Roumains au cours de l’expédition danubienne conduite par Walerand de Wawrin. Au sujet de la personnification symbolique des forteresses par des vierges, — motif littéraire qui soulignait leur inviolabilité, car l’une des rédactions du mythe de la construction 109 place précisément dans les fondations de la cité d’Ithome 110 (Messenie) une vierge, — nous citerons la légende d’une autre forteresse génoise, que d’ailleurs, transmet également, le texte de la chonique de Jehan de Wawrin U1. La forteresse de Panguala, aujourd’hui Mangalia a été fondée par Pen-thésilée, la reine des Amazones. L’amazone était d’ailleurs un personnage poétique très populaire dans le monde danubien du XV-e siècle, époque au cours de laquelle les forteresse fluviales furent âprement disputées. Son souvenir, dévié en apparence sur un autre filon épique, — mais concédé à des personnalités comme Philippo dei Scolari et Iancu de Hunedoara 112, qui combattirent pour les forteresses danubiennes — persiste avec ses attributs spécifiques dans le folklore roumain, sous des noms qui évoquent soit son origine (Ileana Frineului113 — (Hélène, la fille des F rancs), soit les forteresses pour lesquelles on combattit au cours de la première moitié du XY-e siècle — Ana Giurgiuveana 114 (Anne de Giurgiu) ou Stâncuta de la Belgrad 115 (Étiennette de Belgrad). 106 Cf. édit. N. I o r g a, La campagne des croisées sur le Danube en 1445, Paris, 1927, p. 64. 106 Cf. notre travail inédit déjà cité, ch. IX. 107 G. D e m. Teodorescu, ouvr. cité, p. 54. 108 Même si nous repoussons la tradition de la fondation par les Génois de la forteresse de Giurgiu (Cf. N. A. Constantinescu, Cetatea Giurgiu, Bucarest 1916, Annales de l’Academie roumaine, II-e série, vol. XXXVIII, section historique, mémoire no. 13, p. 1—5), la présence du commerce génois sur le Danube au XIII-éme siècle (Cf. G h. Bràtianu, Le commerce Génois sur le Danube à la fin du XlII-e siècle, dans le « Bulletin de l’institut pour l’étude de l’Europe du sud-est », VIII, Bucarest, 1921, p. 55), ne peut pas être contestée, ni même l’existence d’établissements génois sur la rive septen-tionale du fleuve, en faveur de quoi plaide cette « frenska zemja » où passait, dans le noël cité plus haut, l’amazone bulgare. 109 Cf. notre travail inédit déjà cité, chap. V, §. 3. 110 Pausanias IV, 9, 1—5. 111 Ouvr. cité, p. 47. 112 Cf. notre étude manuscrite intitulée Jankula vlaska voivod. §§. 2 et 5, deja citée. 111 Tache P a p a h a g i, Graiul si folklorul Maramureçului, Bucarest, 1925, p. 97. 114 I. P o p o v i c i, Balade bânâfene, Oravita 1909, p. 30. 116 G r. Tocilesc u, Materialuri folcloristice, I, Bucarest, 1900, p. 214. 23a