l’alphabet glagolitique en Moravie s’explique par le fait que cet alphabet, étant plus éloigné de l’alphabet grec, aurait pu paraître moins suspect aux latins30. Nous n’avons pas d’informations précises sur l’introduction de Bulgarie, de l’écriture et de la liturgie slaves, chez les Roumains, comme nous n’en avons pas non plus sur leur introduction de Grande Moravie. Entre les opinions de ceux qui ont soutenu leur introduction de Bulgarie il y a jusqu’à nos jours beaucoup de contradictions et quelques-unes contiennent même des anachronismes. Ainsi, Miron Costin croyait qu’à peine à l’époque d’Alexandre le Bon (1400—-1432) des livres cyrilliques, qui ont remplacé les livres latins, avaient été apportés chez nous. Les livres cyrilliques auraient été apportés de Bulgarie, du patriarcat d’Ochrida. Ceci aurait eu lieu après le concile de Florence, comme une conséquence du malentendu survenu entre les deux Églises. Dimi-trie Cantemir était du même avis. Mais cette opinion ne peut pas se soutenir parce que les plus anciens documents slaves écrits en cyrillique datent de la fin du XIVe siècle, tandis que l’inscription des environs de Constantza est de 943; le concile de Florence s’est réuni après la mort d’Alexandre le Bon, à savoir en 1439; Alexandre le Bon a été catholique et n’aurait pas éliminé des livres latins; Michail Lascaris a montré que l’église de Moldavie et de Transylvanie ne dépendaient pas du patriarcat d’Ochrida31. Aussi peu fondée s’est avérée l’opinion du premier historien bulgare Hilen-darski, qui dans sa chronique « Slavjano-bàlgarskata istoria » montre que la liturgie slave a été introduite chez les Roumains au XIIe siècle à l’époque de l’empire roumaino-bulgare de Pierre et Assan, qui aurait conquis aussi les pays du nord du Danube. Le tsar Assan lui même y aurait introduit de force le cyrillique, sur le conseil du métropolite Théophilacte d’Ochrida. Mais ce métropolite a vécu bien avant les frères Pierre et Assan, qui n’ont pas été maîtres du nord du Danube où, à cette époque, se trouvaient les Coumans, leurs amis 32. 30 E 11 i s t H. Minus, Saint Cyril realy knew Hebrew, «Mélanges- Paul Boyer » 1925, p. 97 et Gr. Nandriç, ouvr. cité, p. 160 — 161 et note 1. Certains palimpsestes montrent cependant que la plus ancienne écriture dans les documents est l’écriture glagolitique. L’introduction de l’écriture chez les Slaves a été influencée aussi par l’écriture des langues sémitiques, spécialement celle des langues syrienne et hébraïque cf. K. H o r â 1 e k, Haqajio Ha nHCMeHOCTra y CJiaBiiHHTe, dans « Sbornik » T. Balan Todorov, Sophie 1955, p. 417 — 424; Sv. Kiril i semitskie jazyky, dans For Roman Jacobson on the Occasion of hid sixtieth birthday, 1956, Haga, p. 230 — 235, où il montre que Cyrille a pris connaisance à Cherson, au cours de la mission chez les Khazars du nord du Caucase, de « livres syriens ». 31 Michel Lascaris, Joachime, métropolite de Moldavie et les relations de l’églie s moldave avec le Patriarcat de Pec et VArchevèche d’Aochlis au XVe siècle. (Acad. Roumaine, «Bulletin de la section historique», XXII, 1927, p. 142. Voir la réfutation des vieilles opinions concernant ce problème dans Ion Bogdan: Analiza criticà. . . p. 309 — 311; P. P. Panaitescu, Inceputurile influenfei slave la Romini, Bue., 1938, p. 283 — 286. Gr. Nandriç, ouvr. cité, p. 162 — 163). ° P a i s i e Hilandarski, CAaeHHOÔ'bJizapCKama uemopua 1762; ou: U,ap-cmeeHUK'ô uau ucm. 6oAea.pcK.aH, Buda, 1844. Voir aussi l’excellente monographie de Bojan Penev sur Paisie Hilendarski, Sophie, 1918. Pour le manque de fondement de cette opinion, voir, T h e i n e r, Vetera monumenla Slavorum meridionaliam, I, p. 42 — 54; A. A. V a s i 1 i e v, Les invasions barbares et le peuplement de l’Europe, I, 1937, p. 229. Gr. Nandriç, ouvr. cité, p. 168 et les notes 1—2, et P. P. P a n a i t e s c u, ouvr. cité, p. 287-288. 175