préhension de ce phénomène historique : ¡‘abandon par les Roumains du rite latin au profit du rite slave. On sait que les recherches de Dvornik ont nettement établi que, lorsque les frères Cyrille et Méthode entreprirent les conversion des Moraves, à l’intention desquels ils traduisirent les livres saints en slave, ils « suivirent, pour l’essentiel, non le rite byzantin mais le rite latin, que des prêtres occidentaux avaient précédemment introduit en Moravie, mais pour ce qui regarde la discipline et les usages, ils firent de larges emprunts à la règle byzantine. Dant l’ensemble la nouvelle liturgie slavonne était donc composite et présentait un caractère marqué d’innovation :o ». Or, ne l’oublions pas non plus, il existe encore sur la côte adriatique de la Croatie des paroisses catholiques qui suivent la messe latine en slavon 21. Par ailleurs, quelques-uns des plus anciens textes slavons conservés dénotent un prototype se rattachant non pas au rite byzantin, mais à celui de Rome. Les uns dérivent directement du latin ; les autres ont été traduits de l’allemand. C’est le cas par exemple des Feuillets de Kiev, qui remonteraient au X-e siècle. C’est celui également des Fragments de Freising, de même époque. Nous citerons encore les Feuillets de Vienne 22. Si l’on tient compte du fait qu’au moyen âge, la Romanité orientale ne se limitait pas au nord du Danube, mais comptait également d’importantes ramifications dans les Balkans, en Serbie, en Croatie et probablement aussi dans certaines régions de la Hongrie et de la Slovaquie ; que toutes ces populations 23 étaient en contact étroit avec les Slaves d’une part qui commençaient à se christianiser et d’autre part avec les Grecs, appartenant au rite byzantin, il est permis de penser que les Roumains du Sud étaient déjà familiarisés avec le rite grec, tout en 'étant; eux-mêmes—au nord du Danube surtout—de rite romain. N’oublions pas non plus que lTllyricum fut un temps sous la juridiction romaine et que le pasteur de Thessalonique était exarque du pape. Au X-e siècle le latin était à coup sûr déjà assez difficile à comprendre pour les Roumains. En revanche leurs contacts fréquents avec les Slaves 20 M. J u g i e, Le schisme byzantin.. ., Paris, 1941, p. 150 (certaines indications des p. 172 — 186 peuvent elles aussi suggérer certaines idées, comme par exemple le fait retenu par M. N i k o 1 s k i i, Le récit des temps écoulés, source pour l’histoire de la première période de l’histoire et de la civilisation russes (en russe), Léningrad, 1930, que la Russie kiévienne a subi l’influence littéraire et religieuse des Moraves évangélisés par Cyrille et Méthode). On consultera aussi B. G r e k o v, La culture de la Russie de Kiev, Moscou, 1947, p. 44-52. 21 M. Mi lo vit ch. La langue liturgique chez les Yougoslaves, dans „Echos d’Orient“, VIII, 1905, p. 294-298. 22 I. B â r b u 1 e s c u, Isloria lileraturii ?i gramatica limbii bulgare vechi, lasi, 1930, p. 37, 41 et 43. 23 On lira avec intérêt à ce propos l’article plein d’aperçus nouveaux de C. Daico-v i c i u, Unele considerafii eu privire la etnogeneza poporului român, dans le volume Contribufii la cunoaçterea regiunii Hunedoara, Deva, 1956, p. 5 — 10 (résumé français p. 219 — 220). Nous espérons que le nôtre aidera à déterminer, au sein de la grande question de l’ethno-genèse du peuple roumain, le rôle du latin (ou du roman oriental) dans la propagation du christanisme qui constitue, comme le souligne le professeur Daicoviciu, p. 10 et 220 l’une des qiuestions capitales qui doivent de toute nécessité précéder la solution du problème « quand, dans quelles circonstances et de quels éléments de la romànité orientale le peuple roumain s’est-il formé? Quand pouvons-nous parler d’un « peuple roumain » et enfin, où ce peuple s’est-il formé? » 205